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Après le Mali, le coup d’État au Burkina Faso: la lourde facture de la déliquescence des États

Dans une tribune publiée début janvier, Gilles Yabi estime qu’« au Burkina Faso, le pouvoir est critiqué de toutes parts et devra très rapidement afficher des signes de reprise en main au risque d’être menacé par une insurrection civile ou civilo-militaire ». Le coup d’État du 24 janvier était donc très prévisible ?



 
 
Il l’était et il ne fallait pas être particulièrement informé ou éclairé pour craindre une prise du pouvoir par les militaires au Burkina Faso. L’un des ingrédients classiques d’un coup d’État réussi, c’est l’effet de surprise, son imprévisibilité. Dans le cas du Burkina Faso, le fait qu’il ait été tant annoncé et qu’il ait quand même eu lieu en dit long sur l’impuissance du pouvoir du président Roch Kaboré. Une des illustrations de cette impuissance est que le changement de gouvernement en décembre dernier n’ait rien changé aux perspectives de pérennité du pouvoir. Le Premier ministre nommé alors, Lassina Zerbo, un géophysicien de réputation mondiale qui a passé l’essentiel de sa carrière à l’étranger, est sans doute une personnalité de grande qualité, mais dans le contexte d’un pays à la dérive, ce choix paraissait pour le moins étonnant. L’incapacité du pouvoir à apporter une réponse à la demande de résultats sur le terrain de la sécurité était devenue telle que le coup de force militaire apparaissait comme inévitable. 
 
RFI: Vous vous étonnez qu’on parle essentiellement dans les médias régionaux et internationaux d’échecs de la démocratie… 
 
Oui, il y a tous ces titres d’articles sur le recul des démocraties en Afrique de l’Ouest et aussi beaucoup de commentateurs africains qui estiment que ces coups d’État soulignent l’inadaptation des démocraties occidentales aux contextes des pays africains. Alors oui il y a beaucoup à dire sur les limites des modèles démocratiques ancrés essentiellement dans des procédures électorales. Mais le débat tout à fait essentiel sur les choix d’organisation politique et institutionnelle les plus adaptés aux sociétés africaines de demain n’est pas celui que posent les coups d’État récents dans la région. D’abord, on ne peut pas reprocher à un modèle qu’on a choisi de ne pas mettre en œuvre de ne pas produire les effets positifs espérés. Ensuite et c’est le point le plus important, les populations maliennes ou burkinabé les plus éprouvées par la crise sécuritaire ne se réveillent pas tous les jours avec comme première préoccupation le fonctionnement politique démocratique de leur pays. Quand elles voient leur pays abriter un million et demi de déplacés internes, ce qui aggrave la pauvreté déjà massive, quand elles entendent toutes les semaines le bilan macabre des attaques contre des civils ou des forces armées, quand elles apprennent que les soldats n’ont même pas le minimum pour aller au front avec fierté, les populations sont prêtes à acclamer tout changement qui leur donne l’espoir d’une reprise de contrôle du territoire par un État. Beaucoup d’êtres humains préféreront rester vivants dans un pays gouverné par des militaires putschistes que d’attendre de mourir dans un pays qui serait resté démocratique jusqu’à sa désintégration. 
 
RFI: Vous estimez que le renforcement des appareils d’État et l’apprentissage du sens du bien commun sont aussi cruciaux que la sauvegarde des principes démocratiques …
 
Absolument. Si les citoyens des pays européens, du Canada, de la Corée du Sud ou de Singapour se réveillent tous les jours avec un sentiment de sécurité, ce n’est pas seulement parce qu’ils vivent dans des pays démocratiques. C’est aussi parce qu’ils savent que les fonctionnaires civils et militaires, bien formés, font leur travail au quotidien avec un minimum de sérieux et une conscience de leur responsabilité individuelle. C’est parce qu’ils savent que leurs responsables politiques, quels que soient leurs bords et leurs travers, ne décident pas seuls et ne peuvent pas conduire aisément leurs pays dans le gouffre. C’est parce qu’ils savent que leur pays dispose de socles éducatif, économique, culturel, sécuritaire et institutionnel solides. La lourde facture que les pays du Sahel et d’Afrique de l’Ouest sont en train de payer, c’est avant tout celle de l’insuffisance des progrès dans tous les domaines au cours des dernières décennies...

RFI

Samedi 29 Janvier 2022 - 09:07


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