Vols, détournements, escroqueries, abus de confiance, cybercriminalité, délinquance juvénile : ces derniers mois, l’actualité sénégalaise semble régulièrement rythmée par des faits divers où l’argent occupe une place centrale. Les auteurs sont parfois très jeunes, parfois adultes, issus de milieux différents et porteurs de parcours variés. Ce phénomène n’est pourtant ni exclusivement sénégalais ni propre à l’Afrique. De la France aux États-Unis, de l’Europe aux grandes métropoles du Sud, la quête du gain rapide semble s’imposer comme une tentation universelle.
Au Sénégal, plusieurs affaires récentes de détournements présumés, de malversations financières, de fraudes ou d’escroqueries ont profondément marqué l’opinion publique. Des sommes considérables sont parfois évoquées. Certaines affaires concernent des institutions, d’autres des particuliers, des entreprises ou des réseaux organisés. À côté de ces dossiers médiatisés, il existe une réalité quotidienne plus discrète : vols de téléphones, arnaques numériques, faux investissements, escroqueries sur les réseaux sociaux, détournements de fonds associatifs ou abus de confiance.
La cybercriminalité constitue aujourd’hui une nouvelle frontière. De jeunes internautes créent de faux profils, proposent de fausses ventes en ligne ou organisent des arnaques sentimentales ou commerciales. Les technologies modernes, qui constituent une formidable opportunité de développement, deviennent parfois des instruments d’enrichissement rapide.
Mais le Sénégal n’est pas un cas isolé.
En France, les réseaux de trafic de stupéfiants recrutent parfois des adolescents de quatorze ou quinze ans, attirés par l’argent rapide. Dans certaines banlieues, quelques heures d’activités illégales peuvent rapporter davantage qu’un emploi légal débutant. Les autorités françaises s’inquiètent régulièrement de cette économie parallèle qui séduit une partie de la jeunesse.
Aux États-Unis, les fraudes financières, les escroqueries en ligne et les systèmes d’investissement frauduleux causent chaque année des milliards de dollars de pertes. Dans plusieurs pays d’Asie, des réseaux de cybercriminalité recrutent des jeunes spécialistes de l’informatique. En Europe, les fraudes bancaires numériques explosent. En Amérique latine, les cartels utilisent parfois la promesse d’un enrichissement rapide pour attirer de très jeunes recrues.
Partout, le même mécanisme psychologique apparaît : l’argent devient un raccourci vers la reconnaissance sociale.
Nous vivons désormais dans une économie de la visibilité. Les réseaux sociaux exposent des voitures de luxe, des voyages, des vêtements de marque, des villas, des montres prestigieuses ou des modes de vie spectaculaires. Le succès semble instantané. La richesse paraît accessible sans effort. Pourtant, ce qui est montré ne révèle presque jamais les années de travail, les sacrifices ou parfois les dettes qui se cachent derrière certaines apparences.
Au Sénégal comme ailleurs, la pression sociale joue également un rôle. Le jeune qui ne possède pas un téléphone dernier cri, qui ne porte pas certaines marques ou qui ne participe pas à certaines dépenses peut parfois se sentir marginalisé. L’apparence devient un facteur d’intégration sociale.
Face à cette évolution, une question mérite d’être posée : avons-nous suffisamment appris à nos enfants la valeur de l’argent ?
Nous leur apprenons à lire, à écrire et à compter, mais rarement à gérer un budget, à comprendre le crédit, à épargner, à différer une satisfaction ou à distinguer le besoin du désir. L’éducation financière demeure largement absente de nos programmes scolaires et de nos discussions familiales.
Or l’argent n’est ni un ennemi ni un danger en soi. Il est un outil. Il permet de se soigner, d’éduquer ses enfants, d’entreprendre, d’investir ou d’améliorer ses conditions de vie. Le problème apparaît lorsqu’il devient une fin absolue.
Une société qui célèbre uniquement la richesse sans s’interroger sur son origine prend le risque d’encourager les raccourcis. Une société qui valorise davantage les résultats que les efforts finit par fragiliser ses propres fondements.
Les parents ont un rôle essentiel. L’école également. Les médias, les responsables politiques, les leaders religieux, les artistes, les sportifs, les influenceurs et tous ceux qui façonnent l’imaginaire collectif portent une part de responsabilité.
Car derrière la question de l’argent se cache une interrogation beaucoup plus profonde : qu’est-ce qu’une vie réussie ?
Est-ce posséder rapidement ou construire durablement ? Est-ce paraître ou être ? Est-ce accumuler ou transmettre ?
Peut-être devons-nous réapprendre à dire aux jeunes que certaines richesses ne s’achètent pas : la confiance, l’honneur, la dignité, la réputation, le respect de soi ou la considération des autres.
Ces biens-là exigent du temps, de l’effort, de la patience et parfois des sacrifices.
Une société ne se mesure pas uniquement à la richesse qu’elle produit, mais aussi aux valeurs qu’elle transmet. Si nous voulons bâtir des sociétés plus justes, il nous faudra sans doute réconcilier nos enfants avec le travail, la patience et le mérite.
Car l’argent facile peut séduire pendant un instant, mais seules les valeurs solidement acquises permettent de construire des vies durables.
Les citoyens du monde que nous sommes partagent aujourd’hui un même défi : apprendre à nos enfants que la valeur d’un homme ne se mesure pas à ce qu’il possède, mais à la manière dont il l’a obtenu.
Marie Barboza MENDY
Regards croisés d’une Franco-Sénégalaise
mendymarie.b@gmail.com
📞 78 291 83 25
Au Sénégal, plusieurs affaires récentes de détournements présumés, de malversations financières, de fraudes ou d’escroqueries ont profondément marqué l’opinion publique. Des sommes considérables sont parfois évoquées. Certaines affaires concernent des institutions, d’autres des particuliers, des entreprises ou des réseaux organisés. À côté de ces dossiers médiatisés, il existe une réalité quotidienne plus discrète : vols de téléphones, arnaques numériques, faux investissements, escroqueries sur les réseaux sociaux, détournements de fonds associatifs ou abus de confiance.
La cybercriminalité constitue aujourd’hui une nouvelle frontière. De jeunes internautes créent de faux profils, proposent de fausses ventes en ligne ou organisent des arnaques sentimentales ou commerciales. Les technologies modernes, qui constituent une formidable opportunité de développement, deviennent parfois des instruments d’enrichissement rapide.
Mais le Sénégal n’est pas un cas isolé.
En France, les réseaux de trafic de stupéfiants recrutent parfois des adolescents de quatorze ou quinze ans, attirés par l’argent rapide. Dans certaines banlieues, quelques heures d’activités illégales peuvent rapporter davantage qu’un emploi légal débutant. Les autorités françaises s’inquiètent régulièrement de cette économie parallèle qui séduit une partie de la jeunesse.
Aux États-Unis, les fraudes financières, les escroqueries en ligne et les systèmes d’investissement frauduleux causent chaque année des milliards de dollars de pertes. Dans plusieurs pays d’Asie, des réseaux de cybercriminalité recrutent des jeunes spécialistes de l’informatique. En Europe, les fraudes bancaires numériques explosent. En Amérique latine, les cartels utilisent parfois la promesse d’un enrichissement rapide pour attirer de très jeunes recrues.
Partout, le même mécanisme psychologique apparaît : l’argent devient un raccourci vers la reconnaissance sociale.
Nous vivons désormais dans une économie de la visibilité. Les réseaux sociaux exposent des voitures de luxe, des voyages, des vêtements de marque, des villas, des montres prestigieuses ou des modes de vie spectaculaires. Le succès semble instantané. La richesse paraît accessible sans effort. Pourtant, ce qui est montré ne révèle presque jamais les années de travail, les sacrifices ou parfois les dettes qui se cachent derrière certaines apparences.
Au Sénégal comme ailleurs, la pression sociale joue également un rôle. Le jeune qui ne possède pas un téléphone dernier cri, qui ne porte pas certaines marques ou qui ne participe pas à certaines dépenses peut parfois se sentir marginalisé. L’apparence devient un facteur d’intégration sociale.
Face à cette évolution, une question mérite d’être posée : avons-nous suffisamment appris à nos enfants la valeur de l’argent ?
Nous leur apprenons à lire, à écrire et à compter, mais rarement à gérer un budget, à comprendre le crédit, à épargner, à différer une satisfaction ou à distinguer le besoin du désir. L’éducation financière demeure largement absente de nos programmes scolaires et de nos discussions familiales.
Or l’argent n’est ni un ennemi ni un danger en soi. Il est un outil. Il permet de se soigner, d’éduquer ses enfants, d’entreprendre, d’investir ou d’améliorer ses conditions de vie. Le problème apparaît lorsqu’il devient une fin absolue.
Une société qui célèbre uniquement la richesse sans s’interroger sur son origine prend le risque d’encourager les raccourcis. Une société qui valorise davantage les résultats que les efforts finit par fragiliser ses propres fondements.
Les parents ont un rôle essentiel. L’école également. Les médias, les responsables politiques, les leaders religieux, les artistes, les sportifs, les influenceurs et tous ceux qui façonnent l’imaginaire collectif portent une part de responsabilité.
Car derrière la question de l’argent se cache une interrogation beaucoup plus profonde : qu’est-ce qu’une vie réussie ?
Est-ce posséder rapidement ou construire durablement ? Est-ce paraître ou être ? Est-ce accumuler ou transmettre ?
Peut-être devons-nous réapprendre à dire aux jeunes que certaines richesses ne s’achètent pas : la confiance, l’honneur, la dignité, la réputation, le respect de soi ou la considération des autres.
Ces biens-là exigent du temps, de l’effort, de la patience et parfois des sacrifices.
Une société ne se mesure pas uniquement à la richesse qu’elle produit, mais aussi aux valeurs qu’elle transmet. Si nous voulons bâtir des sociétés plus justes, il nous faudra sans doute réconcilier nos enfants avec le travail, la patience et le mérite.
Car l’argent facile peut séduire pendant un instant, mais seules les valeurs solidement acquises permettent de construire des vies durables.
Les citoyens du monde que nous sommes partagent aujourd’hui un même défi : apprendre à nos enfants que la valeur d’un homme ne se mesure pas à ce qu’il possède, mais à la manière dont il l’a obtenu.
Marie Barboza MENDY
Regards croisés d’une Franco-Sénégalaise
mendymarie.b@gmail.com
📞 78 291 83 25
Autres articles
-
«Ambassades hybrides : efficacité diplomatique et économies budgétaires», par Khaly Adama Ndour
-
A la veille de la Convention des jeunes Reporters : Un appel à l’unité, à l’exigence et à l’avenir
-
Souveraineté de salon et police du look : quand l’inculture se prend pour du patriotisme (par Fatou Kassé Sarr)
-
Chronique Le diplôme à l’épreuve du XXIe siècle : entre promesse sociale et impératif de compétences Par Marie Barboza MENDY
-
'La révolution silencieuse du Sénégal', par Me Khaly Adama Ndour




«Ambassades hybrides : efficacité diplomatique et économies budgétaires», par Khaly Adama Ndour


