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Coronavirus : un infirmier raconte la crise en Italie



Coronavirus : un infirmier raconte la crise en Italie
Paolo Miranda est infirmier dans un hôpital de Crémone, en Italie, aujourd'hui l'épicentre de l'épidémie de coronavirus. Il est également photographe. Ses images racontent l'histoire des travailleurs de la santé, qui sont en première ligne de la lutte, pour sauver des vies.

"Tout le monde nous considère comme des héros, mais je n'ai pas l'impression d'en être un", dit l'infirmier chargé des soins intensifs dans l'unique hôpital de Crémone.

Cette petite ville de la région de Lombardie est au centre de l'épidémie - qui a fait plus de 4 000 morts en Italie. Comme beaucoup de ses collègues, Paolo effectue 12 heures de travail par jour, depuis un mois.

"Nous sommes des professionnels, mais nous sommes épuisés. En ce moment, nous avons l'impression d'être dans les tranchées - et nous avons tous peur", raconte l'infirmier.
 
Paolo adore prendre des photos et a décidé de documenter la sombre situation dans son unité de soins intensifs.
"Je ne veux jamais oublier ce qui se passe. Cela fera partie de l'histoire, et pour moi les images sont plus puissantes que les mots."

Dans ses photos, il veut montrer la force de ses collègues - mais aussi leur fragilité. "L'autre jour, une de mes collègues s'est mise à crier et à sauter dans le couloir", témoigne-t-il. Elle avait été dépistée au coronavirus et venait de découvrir qu'elle n'avait pas la maladie…

L'épidémie est très éprouvante pour Paolo et ses collègues. Mais ils ont tissé des liens au cours de cette période et s'entraident. "Parfois, certains d'entre nous craquent : nous sommes désespérés, nous pleurons parce que nous nous sentons impuissants lorsque nos patients ne vont pas mieux."
 
Et les autres membres de l'équipe interviennent immédiatement et essaient de faire en sorte que cette infirmière se sente mieux. "On va faire une blague, les faire sourire, et même rire - sinon, on perdrait la tête." Plus de 4 000 personnes sont mortes en quatre semaines environ en Italie - bilan en date du samedi 21 mars.

Avec plus de 47 000 cas confirmés - bilan en date du samedi 21 mars -, les médecins et les infirmières du pays - en particulier dans les villes les plus touchées du nord - ont du mal à suivre le rythme.

Depuis neuf ans qu'il est infirmier, Paolo a vu beaucoup de gens mourir - il y est habitué. Mais ce qui l'a frappé durant cette pandémie, c'est de voir tant de gens mourir seuls.
 
"Lorsque les patients meurent en soins intensifs, ils sont normalement entourés de leur famille. Il y a de la dignité dans leur mort. Et nous sommes là pour les soutenir, cela fait partie de notre travail", explique Paolo.

Habituellement, la famille et les amis sont autorisés à rendre visite aux patients et à se mettre à leur chevet. Mais depuis un mois, c'est interdit, pour éviter la contagion. Ils ne peuvent même pas venir à l'hôpital.

"Nous soignons toutes ces gens atteints du virus, qui sont pratiquement abandonnés à eux-mêmes. Mourir loin des siens est une très vilaine chose - je ne le souhaite à personne", commente l'infirmier.
 
L'hôpital de Crémone s'est transformé en "hôpital des malades de coronavirus". On n'y soigne maintenant que les patients atteints du virus - et tous les autres soins médicaux ont été suspendus.

De nouveaux patients continuent d'arriver, mais ils n'ont plus de lits en soins intensifs. "Nous avons installé des lits partout où nous pouvions, dans tous les coins des hôpitaux - c'est tellement surpeuplé maintenant", dit Paolo.

Un hôpital de campagne est en construction à Crémone. Il sera équipé de 60 lits supplémentaires, pour les soins intensifs. Mais ce n'est pas suffisant.

Comment Paolo fait-il face à cette situation ?

Il dit que l'amour dont les infirmiers font preuve dans tout le pays les maintient en vie. Nombre d'entre eux sont considérés comme des héros. L'équipe de l'hôpital de Crémone a été inondée de cadeaux.

"Chaque jour, nous découvrons quelque chose de nouveau dans notre travail. Pizzas, sucreries, gâteaux, boissons... L'autre jour, nous avons reçu un millier de dosettes de café pour notre machine à expresso. Disons que nous gardons le moral avec des glucides", dit Paolo.

Les cadeaux apportent un peu de réconfort à Paolo, mais il ne peut jamais se déconnecter complètement de l'hôpital.
 
"Je suis épuisé quand je rentre à la maison à la fin de mon service. Mais je m'endors et me réveille plusieurs fois pendant la nuit. Comme la plupart de mes collègues", dit Paolo.
La seule chose qui le maintient en forme, c'est l'adrénaline.

Mais cette situation commence à faire des ravages, et Paolo se sent de plus en plus fatigué. "Je ne vois pas la lumière au bout du tunnel pour l'instant. Je ne sais pas ce qui va se passer, j'espère juste que ça va s'arrêter."

Salif SAKHANOKHO

Samedi 21 Mars 2020 - 20:27



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