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Etudiants bloqués à Wuhan: le manque de moyens du Sénégal démonté, Macky sous le coup d'une poursuite judiciaire

Depuis un peu plus de deux mois, la Chine connaît la plus grande épidémie de son histoire. Ce "nouveau coronavirus" (nCoV) apparu en décembre 2019 a causé 565 décès et infecté 28 333 personnes au 6 février 2020. Plusieurs pays africains, notamment, le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, et même la Mauritanie, le pays frontalier au Sénégal, ont rapatrié leurs concitoyens. Mais le président Macky Sall a indiqué lundi que le pays ne dispose pas de « moyens logistiques » pour acheminer et accueillir les siens en toute sécurité. Une déclaration qui a provoqué la colère des parents de ces étudiants, basés à Wuhan, épicentre du virus. Mais également un argument balayé d'un revers de la main par des observateurs et acteurs qualifiés comme les Coordonnateurs de Horizon Sans Frontières et du Forum Civil. Le point !



L'inquiétude se propage plus vite que le virus chez les parents des douze (12) étudiants sénégalais en Chine. Alors que de nombreux pays africains se sont organisés pour rapatrier les concitoyens vivant, en Chine, précisément à Wuhan, épicentre du "nouveau coronavirus", qui se manifeste par la fièvre, des toux et des difficultés respiratoires, les autorités du pays de la Téranga ne comptent pas faire pareil. Le premier des Sénégalais, en l’occurrence Macky Sall évoque l’absence de moyens financiers et logistiques. Une justification balayée d’un revers de main par le président de Horizon Sans frontières. Boubacar Sèye évoque un « aveu d’échec de taille XXL » de Macky et n’écarte pas de le poursuivre pour « non-assistance à personne en danger ».
"La Chine n'a pas tout dit, Nous allons vers une pandémie"
« Vous savez l’urgence, c’est quoi ? Nous allons vers une pandémie, car la Chine n’a pas tout dit. Si le virus éclate dans toute l’entendue du territoire, la Chine sera obligée de fermer ses frontières. C’est une question de dignité nationale, une course contre la montre et l’Etat doit se lever et mobiliser les spécialistes, les autres pays l’ont fait », a dit à PressAfrik, M. Sèye, dans un entretien téléphonique.

Selon lui, cette sortie du Président Sall est un aveu d’échec de taille XXL. « Le Sénégal a bel et bien les moyens pour rapatrier ces étudiants. Ce qui manque, c’est la volonté politique. C’est le moment adéquat de prendre la bonne décision pour rapatrier. C’est un aveu d’échec de taille XXL, car un Etat ne peut pas s’agenouiller comme ça. L’Etat a failli dans cette déclaration alors que sa mission régalienne, c’est d’assister ».
Macky Sall pourrait être poursuivi pour non-assistance à personne en danger

Horizon Sans Frontières, qui s’est indignée de l'abandon de ces étudiants, dit n’avoir pas de moyens pour procéder à leur rapatriement. Son rôle, c’est de sonner l’alerte afin que le gouvernement joue pleinement sa mission de protéger les citoyens. Face à cette réticence à l’idée de les rapatrier, le président Sèye dit tenir Macky Sall pour responsable de tout ce qui leur arrivera.

« On pourrait parler sans risque de se tromper de non-assistance à personne en danger. Nous l’avions dit, le Président pourrait être tenu responsable de tout cela. Il y a des sanctions et nous allons saisir les juridictions internationales, car l’heure est grave. Il ne faut pas qu’on joue avec la vie des gens pour des raisons politiques », souligne-t-il.
"On ne peut pas se cotiser pour rapatrier ces étudiants"
S’agissant de la cotisation annoncée par bon nombre de Sénégalais pour réunir des fonds, afin d’aider ces étudiants à rentrer, Boubacar Sèye a salué l’idée. Cependant, il n’est pas pour. « On peut cotiser pour aider les parents, pour la prise en charge, mais pas pour leur rapatriement. En Mauritanie, au Maroc…On n’a pas cotisé. Il ne faudrait pas qu’on facilite la tâche à l’Etat, sinon ça va continuer ».

Sèye estime que si l’on commence cette cotisation, l’Etat va faire la sourde oreille la prochaine fois. Il ajoute qu’il y a de l’argent dans ce pays, il faut que l’Etat débloque ces moyens pour aller prendre ses enfants, et prenne ses responsabilités. Par ailleurs, le président de HSF pense qu’il n’y a aucune politique étrangère menée par le régime en place.
Le Sénégal a les moyens de prendre en charge d’éventuels cas de pneumonie à coronavirus, selon le Pr Souleymane Mboup

Si le ministre de la Santé Abdoulaye Diouf Sarr, soutient que le Sénégal ne dispose pas à ce jour d'un dispositif sécuritaire et sanitaire pour ramener les étudiants sénégalais, l’Institut de recherches en santé, de surveillance épidémiologique et de formation (Iressef), croit être à mesure de prendre en charge d’éventuels cas de pneumonie à coronavirus.
  « L’Institut de recherches en santé, de surveillance épidémiologique et de formation (Iressef) de Diamniadio a les moyens de prendre en charge d’éventuels cas de pneumonie à coronavirus, a indiqué lundi, le Professeur Souleymane Mboup, selon le quotidien national « Le Soleil ».

L’éminent chercheur assure, toujours selon la même source, que cet Institut a les équipements nécessaires pour la prise en charge de cette maladie, mais, la contrainte majeure serait le manque de réactifs. « Nous avons des technologies de biologie moléculaire sur lesquelles nous pouvons nous appuyer. Mais il nous faut des réactifs spécifiques à ce virus », a souligné le Professeur.

Amadou Ba, Ministre des Affaires étrangères et des Sénégalais de l'Extérieur
Amadou Ba, Ministre des Affaires étrangères et des Sénégalais de l'Extérieur
Le ministère des Affaires étrangères n’a pas souhaité s’exprimer

Interpellé sur le coût d’un éventuel rapatriement de ces étudiants, le ministère des Affaires étrangères a préféré ne pas s’exprimer sur la question du fait de son caractère « sensible ». 

« Pour des questions de ce genre, nous travaillons à base de documents officiels venant du ministre. S’il donne un document pour s’adresser à la presse, nous allons le faire. Je trouve que cette affaire est trop sensible. Vous avez vu que le président n’a pas donné de coût, il s’est prononcé de manière assez court », a confié cet agent du ministère de la Santé contacté par PressAfrik

« On va faire attention et éviter de communiquer là-dessus. Diplomatiquement, c’est trop sensible. Mais je peux vous garantir que nous travaillons là-dessus et nous sommes en contact permanent avec ces étudiants », ajoute l’agent joint au téléphone.

L'Organigramme du Centre des opérations d'urgence sanitaires
L'Organigramme du Centre des opérations d'urgence sanitaires
Et si le COUS disposait des moyens pour rapatrier les étudiants bloqués à Wuhan
Concrètement, il faudrait combien de milliards pour évacuer les étudiants sénégalais bloqués dans "l'enfer de Wuhan" ? Il serait difficile de donner un chiffre exact. Mais comme l'a si bien mentionné le Coordonnateur du Forum Civil Birahime Seck sur Twitter, le Sénégal dispose d'un fonds "de plusieurs milliards", dédié au Centre des Opérations d'Urgence sanitaires (COUS).

En effet, créé le 1 décembre 2014 par arrêté ministériel n°17973 MSAS/SG/BL, le Centre des Opérations d’Urgence Sanitaire (COUS) est une structure de coordination des urgences sanitaires. Le Centre des Opérations d'Urgence Sanitaire (COUS) a pour missions notamment :
- de définir les mesures à mettre en œuvre selon les situations d'urgence sanitaires ;
- de coordonner l'action des différents acteurs impliqués dans la réponse aux urgences sanitaires ;
- de superviser les opérations de terrain ;
- d'assurer la liaison entre les acteurs de la réponse d'urgence et le ministère chargé de la Santé.

Le COUS, dans sa mise en place, a bénéficié de l’appui déterminant de la Fondation Bill et Melinda Gates ainsi que de l’OMS, de l’UNICEF, du CDC, de DTRA et de la plupart des partenaires techniques oeuvrant dans le domaine de la santé. 

Salif SAKHANOKHO

Jeudi 6 Février 2020 - 16:32



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