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Hantavirus: le navire MV Hondius arrivé sur l'île de Tenerife pour évacuer les passagers

Le navire de croisière MV Hondius, où a été détecté un foyer d'hantavirus, est arrivé tôt ce dimanche matin sur l'île espagnole de Tenerife, dans les Canaries. L'évacuation de passagers et membres d'équipage doit être organisée dans la foulée.



Le MV Hondius est entré vers 07H00 (05H00 GMT) dans le petit port de Granadilla de Abona, dans le sud de Tenerife, île de l'océan Atlantique. Une zone maritime d'exclusion temporaire a été créée autour du bateau de croisière à son arrivée. Sur les quais de Granadilla, une nuée de journalistes et quelques 350 policiers, rapporte notre envoyé spécial François Musseau.

Une partie de l'équipage restera à bord du navire, qui poursuivra sa route vers les Pays-Bas. Le début des évacuations est prévu dans la foulée vers 08H00 (07H00 GMT), d'après un communiqué samedi de l'exploitant du navire, le néerlandais Oceanwide Expeditions.

Une surveillance médicale pendant 42 jours
Même s'ils sont tous asymptomatiques à ce stade, tous les passagers actuellement à bord du MV Hondius, parti le 1er avril d'Ushuaïa en Argentine, sont considérés comme des « contacts à haut risque ». Ils devront faire l'objet d'une surveillance pendant 42 jours, a précisé samedi Maria Van Kerkhove, directrice de la prévention et la préparation aux épidémies et pandémies de l'OMS.

Le gouvernement central à Madrid a répété que le dispositif mis en place pour leur évacuation assurait qu'il n'y aurait « aucun contact » tout au long de la chaîne avec la population locale.

Dans le détail, après un examen médical à bord, « les passagers débarqueront de manière échelonnée et ordonnée », sans leurs bagages, les 14 Espagnols en premier, en portant (tous) des « masques FFP2 », a expliqué Mónica García.

Les passagers seront ensuite transférés vers la terre ferme dans une embarcation plus petite, par groupe de cinq et par nationalité. Une installation sanitaire les attend sur le port pour voir s’ils présentent ou pas des symptômes de l’hantavirus, auquel cas il leur faudra rejoindre le principal hôpital de l’île. Si tout va bien, ils seront acheminés par autobus jusqu’alors l’aéroport international du sud de Tenerife. Précisons qu’alors ils seront placés dans ce qu’on appelle une « burbaja guagua » c’est a dire une protection sanitaire autour d’eux afin d’éviter tout risque de contagion, signale François Musseau.  

Enfin, ils seront conduits jusqu'à l'aéroport de Tenerife-Sud, situé à une dizaine de minutes, pour être rapatriés dans la foulée par avion vers leur pays d'origine. La plupart des pays des 22 nationalités présentes à bord du bateau ont répondu à l’appel en envoyant un appareil. 

Le ministre de l'Intérieur Fernando Grande-Marlaska a, lui, évoqué une opération se voulant « rapide ».

L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a recensé ce dimanche matin six cas confirmés d'hantavirus parmi huit cas suspects, comprenant les trois personnes décédées de ce virus connu mais rare, pour lequel il n'y a ni vaccin ni traitement. En milieu de semaine, trois personnes avaient déjà été débarquées au Cap-Vert avant de rejoindre l'Europe en avion médicalisé. Cette maladie peut notamment provoquer un syndrome respiratoire aigu, mais l'OMS a beau marteler que ce n'était « pas comme le Covid », la précédente épidémie est encore dans toutes les têtes.

Cinq Français rapatriés ce dimanche des Canaries
Les cinq Français à bord du navire seront rapatriés « par un vol sanitaire ce jour » en France, ont annoncé dimanche les ministères français de la Santé et des Affaires étrangères. Ce transfert se fera « dans le respect des protocoles sanitaires en vigueur et en conformité avec les recommandations de l'OMS », ont souligné les deux ministères, qui se coordonnent pour organiser ce rapatriement.

Le Premier ministre Sébastien Lecornu tiendra dimanche après-midi une réunion à Matignon pour faire « un point de situation » avec les ministres.

Inquiétude de la population locale
Sur l’île de Tenerife, la plupart des Canariens témoignent de la défiance vis à vis d’une décision dans laquelle ils n’ont pas été consultés. Les autorités espagnoles ont certes expliqué que les passagers seront amenés par zodiac par groupes de cinq puis acheminés par bus vers l’aéroport international, d’où ils s'envoleront immédiatement vers leur pays d’origine. Cela ne suffit pas pour rassurer les gens, dont beaucoup ont la sensation d’avoir été floués. Ce nouvel épisode leur rappelle l'épidémie de Covid durant laquelle ils avaient eu le sentiment d'être abandonnés par la péninsule. Ils craignent également que cet accostage fasse fuir les touristes : le tourisme assure un tiers de la richesse de l'archipel.

L’Espagne est un pays quasiment fédéral, où les 17 régions ont beaucoup de prérogatives, un exécutif, un parlement. Chacune a aussi des compétences sanitaires importantes, rappelle François Musseau. Et c’est en partie ce qui explique le bras de fer entre le gouvernement central à Madrid et le le gouvernement régional aux Canaries.

Le premier s’est entendu avec l’Organisation mondiale de la Santé pour qu’accoste le bateau de croisière dans le port de Tenerife. L’idée étant alors chaque passager rejoigne son pays et que les 14 Espagnols infectés par l’hantavirus soient transportés dans un hôpital militaire à Madrid.

Mais aux Canaries, le chef de l’exécutif local affirme que dans l’archipel il n’y a pas les protocoles adéquats et pas de places hospitalières adaptées. Dans le fond, les autorités locales ne veulent pas prendre le risque d’une quelconque contagion sur l'archipel. La tension entre Madrid et les Canaries, dirigés de surcroît par des partis politiques de bords opposés, est très forte.

 

RFI

Dimanche 10 Mai 2026 - 10:38


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