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La sécurité, enjeu du G20 de Buenos Aires

Un quartier de la capitale argentine entièrement bouclé par les forces de l’ordre abritera le sommet des chefs d’Etat et de gouvernement, auquel participeront les principaux dirigeants mondiaux, à partir du vendredi 30 novembre 2018. A l’extérieur, mais loin de la zone d’exclusion, une manifestation rassemblera les altermondialistes locaux et internationaux. Les autorités négocient avec les organisateurs pour éviter des violences.




De notre correspondant à Buenos Aires,

Les scènes de guérilla urbaine qui ont marqué le sommet de Hambourg, en juillet 2017, ont impressionné et préoccupé les autorités argentines. Et au moment de succéder à l’Allemagne à la présidence du G20, en novembre de l'année dernière, le gouvernement a eu en tête d’éviter que cela se reproduise à l’occasion du sommet de Buenos Aires, qui se tient les 30 novembre et 1er décembre 2018.

En un an, qui s’est ouvert avec l’assemblée générale de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) et au cours duquel se sont succédé les réunions ministérielles du G20 (Finances, Agriculture, Travail, etc.), l’Argentine a accueilli des milliers de personnalités de premier plan sans incident majeur. Cela lui a permis, aussi, de tester et d'améliorer son dispositif de sécurité en vue du sommet. Pour ce faire, elle a sollicité et obtenu le conseil de plusieurs pays membres du Groupe, dont les Etats-Unis, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni, ainsi que d’Israël.

Mais ce sommet représente un défi sans précédent pour l’Argentine. Supérieur à celui du sommet des Amériques, réuni à Mar del Plata (station balnéaire située à 400 km au sud de Buenos Aires) en 2005, au cours duquel Néstor Kirchner, le président de l’époque, et ses pairs brésilien Luis Inàcio Lula da Silva et vénézuélien Hugo Chávez, avaient bloqué le projet de Traité de libre commerce continental de l’Américain George W. Bush. Parce que cette fois-ci, ce sont les dirigeants de pays représentant 85% du PIB mondial qui seront présents. Et tous seront là, de Donald Trump à Xi Jinping, en passant par Vladimir Poutine, Angela Merkel, Emmanuel Macron et Theresa May. Sans oublier Christine Lagarde, la directrice générale de FMI (Fonds monétaire international) et Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, entre autres dirigeants d’organisations internationales.

Une zone d'exclusion

Le premier objectif des autorités est d’assurer la sécurité des chefs d’Etat et de gouvernement étrangers de leurs délégations (7 500 personnes) et des 4 500 journalistes accrédités pour le sommet. En ce qui les concerne, la principale menace est un attentat terroriste : les services de renseignement argentins sont en alerte maximale, en liaison avec les agences occidentales, israélienne, russe et chinoise. Des rumeurs circulent sur des menaces qui auraient pour origine les attentats de 1992 (ambassade d’Israël) et 1994 (mutuelle juive Amia), attribués à l’Iran, mais elles ne paraissent pas très sérieuses. Le second objectif est d’éviter que le sommet soit perturbé par les manifestations anti-G20 et altermondialistes. Le troisième, que ces manifestations ne dégénèrent pas en scènes de violence comparable à celles de Hambourg.

Pour ce faire, 22 400 hommes seront mobilisés. 13 400 appartiennent aux forces fédérales (gendarmerie, préfecture navale, police fédérale et police aux frontières) et 9 000 aux polices métropolitaines et de la province de Buenos Aires. Il faut y ajouter 3 500 agents étrangers, chargés de la sécurité rapprochée de leurs délégations, les plus nombreux étant les Américains et les Russes.

Le sommet des chefs d’Etat se déroulera à Costa Salguero, un centre de congrès bordant le Río de la Plata, dont les rives seront surveillées par des bâtiments de la marine, et tout un secteur de la ville longeant l’estuaire, incluant les grands hôtels où seront logées les délégations étrangères et le Centre de presse, sera hermétiquement bouclé. Seuls pourront y accéder les participants au sommet dûment accrédités, transportés par des voitures et des navettes officielles, ainsi que les résidents, préalablement recensés. Une autre zone d’exclusion sera instituée dans la nuit du 30 novembre, autour du Théâtre Colón, où le président Mauricio Macri recevra ses hôtes pour un dîner de gala.

Les militants altermondialistes mobilisés

Dans le reste de la ville, loin des endroits que fréquenteront les participants au sommet, il y aura des restrictions de circulation pour plusieurs lignes de bus et de métro entre le jeudi 29 minuit (veille du sommet) et le dimanche 2 décembre. Ceci, évidemment, pour tenir aussi éloignés que possible du sommet les manifestants anti-G20 et limiter les risques d’affrontements entre militants et force de l’ordre à la limite de la zone d’exclusion.

La principale manifestation contre le sommet aura lieu le vendredi 30 novembre en début d’après-midi, sur un parcours négocié entre les autorités et les organisateurs, qui partira du sud de la ville pour se terminer face au Congrès, donc à quelque cinq kilomètres de l'endroit où se trouveront les chefs d’Etat. Précédée par un « Sommet des peuples » au même endroit, ce jeudi 29, la grande manifestation du 30 est organisée par le collectif « Confluencia Fuera G20-FMI » (Confluence Dehors le G20 et le FMI), qui regroupe 22 ONG internationales, dont Attac, et 65 argentines, dont de nombreuses organisations sociales. Dans le comité directeur du collectif, le prix Nobel de la Paix Adolfo Pérez Esquivel, a été l’interlocuteur privilégié du gouvernement dans les négociations destinées à éviter des incidents. C'est l'objectif déclaré des deux parties. Les organisateurs répètent à l’envi que la protestation sera pacifique et mettent en garde les autorités contre la présence de « provocateurs ». Pour que la manifestation soit réussie, il importe qu’elle se déroule sans casse.

C’est aussi un défi pour le collectif : ces derniers temps, beaucoup de protestations qui ont eu lieu en Argentine se sont terminées sur des violences provoquées par de petits groupes qui se sont mêlés à la foule en fin de parcours pour lancer des pierres, voire des cocktails Molotov, sur les forces de l’ordre et détruire du mobilier urbain, entraînant une riposte, souvent disproportionnée, de la police. Certains de ces « autonomes », ou prétendus tels, sont proches d’organisations locales d’extrême gauche qui font l’objet d’une surveillance étroite des services de sécurité depuis plusieurs semaines.

Quant aux éventuels casseurs altermondialistes étrangers, ils devraient être bien moins nombreux qu’à Hambourg : des listes de personnes considérées dangereuses pour avoir participé à des actions violentes de ce genre en Europe ou en Amérique du Nord ont été adressées par les gouvernements des pays concernés aux autorités argentines. Si certains d’entre eux tentaient d’entrer dans le pays, ils seraient refoulés. Par ailleurs, il est évidemment plus facile de prendre un train pour Hambourg, sans contrôle aux frontières, de n’importe quelle ville européenne que d’arriver en Argentine, après un vol de 12 000 km.

Si les violences sont évitées, la manifestation du vendredi 30 novembre devrait être un succès. Compte tenu de la capacité de mobilisation des organisations locales, de la méfiance de l’opinion à l’égard du Fonds monétaire international, qui a accordé cette année un crédit de 57 milliards de dollars à l’Argentine (et c’est pourquoi le FMI a été accolé au G20 dans l’appel à manifester), ainsi que du rejet que suscite Donald Trump, qui sera l’un des acteurs principaux de la rencontre des chefs d’Etat.

Ce sommet met fin à une année de présidence argentine du G20 qui a été bonne de l’avis de la plupart des pays membres, notamment parce qu’elle a réussi à éviter des clashes, notamment avec les Etats-Unis, et à trouver des consensus aux réunions ministérielles. Ce sera un succès pour le pays hôte s’il se termine sur une déclaration commune de compromis, en particulier sur le commerce international, et si l’entretien entre Trump et Xi Jinping, le 1er décembre en soirée, débouche sur un résultat positif. Mauricio Macri aura par ailleurs dix-sept rencontres bilatérales avec des chefs d’Etat et de gouvernement présents, dont le président américain, la chancelière allemande Angela Merkel, le Français Emmanuel Macron et la Britannique Theresa May, les principaux soutiens de l’Argentine au FMI. Tout bénéfice. A condition, bien sûr, qu’il n’y ait pas d’incidents majeurs les 30 novembre et 1er décembre, à l’intérieur ou à l’extérieur de la zone d’exclusion.




 

rfi.fr

Jeudi 29 Novembre 2018 - 13:17



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