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Le virus G4, cette grippe porcine qui suscite la crainte d’une nouvelle pandémie

​À peine découvert et déjà redouté : un nouveau virus de type H1N1 identifié dans les élevages porcins en Chine présente des caractéristiques qui font planer le risque d’une nouvelle pandémie, d’après une étude chinoise parue lundi 29 juin. Explications avec deux experts.



Le virus G4, cette grippe porcine qui suscite la crainte d’une nouvelle pandémie
Une pandémie après l'autre, voire les deux en même temps ? Une publication dans la revue scientifique américaine Pnas (Proceedings of the National Academy of Sciences), lundi 29 juin, a réveillé la crainte de ce scénario catastrophe et poussé l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) à appeler la communauté scientifique à "ne pas baisser sa garde". 

Dans l'article en question, des chercheurs chinois ont révélé avoir découvert un nouveau virus chez le cochon capable de se transmettre à l'homme et qui nécessiterait une "action urgente" pour le contrôler, car il présente les caractéristiques d'une menace "pandémique".

Tout n'est pas bon dans le cochon

Ce nouveau venu sur la scène virologique, baptisé G4, est le lointain fils du virus H1N1 qui a causé la pandémie de grippe A en 2009. Il a été découvert à l'occasion d'une vaste campagne de tests sur la population porcine dans dix provinces chinoises, menée entre 2011 et 2018. 

La surveillance des porcs est devenue un enjeu majeur de santé publique en Chine, premier producteur et consommateur au monde de cette viande. Car tout n'est pas bon dans le cochon. Cet animal est, en effet, "permissif aussi bien pour les virus de la grippe aviaire [chez l'oiseau], pour ceux de la grippe porcine et ceux des grippes humaines", souligne Manuel Rosa-Calatrava, directeur de recherche à l'Inserm et codirecteur du Laboratoire de virologie et pathologie humaine VirPath, contacté par France 24. Le porc agit ensuite comme une sorte de grande marmite d'où, par le jeu des mutations et des échanges de gènes entre virus grippaux présents en même temps, émergent de nouveaux agents pathogènes. C'est ce qu'on appelle le réassortiment génétique.

C'est ce qui s'est passé en 2013 dans le sud de la Chine, où a été observé pour la première fois le virus G4. Cette souche s'est ensuite répandue pour devenir à partir de 2016 "la forme dominante du virus dans la population porcine observée", notent les auteurs de l'article dans Pnas.

Ce descendant du virus H1N1 de 2009 est le résultat du croisement entre "trois souches virales qui présentent la particularité d'avoir des protéines de surface [c'est-à-dire qui permettent de s'accrocher à l'hôte infecté, NDLR] auxquelles l'homme n'a pas encore été exposées", souligne Colin Butter, chercheur en biologie animale à l'université britannique de Lincoln, contacté par France 24. L'être humain n'a, de ce fait, pas encore pu développer de défense naturelle à ce nouvel agent pathogène. Les vaccins contre le virus H1N1 de 2009 ou contre la grippe saisonnière se sont, en outre, montrés inefficaces, ont constaté les scientifiques chinois à l'origine de la découverte.

Un "cocktail détonnant"

C'est le premier élément du "cocktail détonnant" que représente l'agent pathogène G4, d'après Manuel Rosa-Calatrava. En effet, "comme la population humaine est, a priori, complètement naïve face à ce nouveau virus [c'est-à-dire qu'elle n'a pas développé d'anticorps, NDLR], la propagation à l'échelle planétaire pourrait en être facilitée", souligne le chercheur du laboratoire VirPath.

Mais tout cela resterait anecdotique s'il n'y avait pas de transmission à l'homme. Malheureusement, plus de 10 % des travailleurs dans les élevages porcins contrôlés ont été testés positifs à la présence de la maladie. "Cela signifie que le virus est déjà largement répandu au sein de la population en contact avec les animaux porteurs", note Colin Butter.

Reste la grande inconnue de la transmission entre les humains. "Pour l'instant, les scientifiques ne semblent pas avoir constaté de cas en dehors de personnes ayant été à proximité d'élevage porcins", résume l'expert britannique. Mais, les chercheurs chinois ont obtenu des résultats potentiellement inquiétants… chez les furets. Les animaux se contaminent bel et bien entre eux, à la fois par contact direct et par voie respiratoire. Un résultat important : "Le furet constitue un modèle de référence pour évaluer la transmissibilité entre les humains car il présente, notamment, des récepteurs cellulaires aux virus influenza humains", résume Manuel Rosa-Calatrava. 

Par ailleurs, les analyses menées sur ces animaux ont montré que "les dommages causés aux poumons étaient plus sévères que ceux du virus H1N1 de 2009, avec des œdèmes, des hémorragies et des broncho-pneumonies plus graves", écrivent les auteurs de l'étude chinoise.

Redoubler de vigilance

Mais ce qui est vrai pour le furet ne l'est pas forcément pour l'humain, même si c'est un bon indicateur. "Il y a toute une série de mécanismes biologiques qui font qu'on ne peut pas simplement transposer les résultats de l'un à l'autre", affirme Colin Butter. Plus important à ses yeux est le fait qu'en "six ans de circulation en Chine, il n'y a pas encore eu de cas avéré de transmission entre les humains". En outre, "les auteurs ne font pas état de cas cliniques graves chez l'homme", relève ce chercheur.

Ces éléments amènent Colin Butter à considérer le risque pandémique avec prudence. "Je ne pense pas qu'il y ait une menace urgente, et, en l'état actuel de nos connaissances au sujet de ce virus, je n'imagine pas une pandémie de virus G4 en plus de celle de Covid-19 cette année", conclut-il. Il n'en demeure pas moins important, pour lui, de redoubler de vigilance pour suivre l'évolution de la situation.

On en est, en effet, "à une ou plusieurs mutations près pour une transmissibilité entre les humains", rappelle Manuel Rosa-Calatrava". Et le problème est qu'il est impossible de prédire quand et si elles auront lieu. Le chercheur français reconnaît que le scénario d'une pandémie du virus G4 à court terme n'est pas le plus probable, mais elle n'est pas à exclure complètement à ses yeux, considérant qu'en un siècle, le monde a déjà été confronté à quatre pandémies de virus influenza (grippe espagnole en 1918-19, grippe asiatique en 1957-58, grippe de Hong Kong en 1968-69 et grippe aviaire en 2009-2010). Ce serait alors, à sa connaissance, la première fois que le monde aurait à faire face à deux pandémies simultanément.
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France24

Jeudi 2 Juillet 2020 - 10:19



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