Les «Afriques» de la Fondation Dapper en Martinique

On vous emmène en Martinique, collectivité territoriale française située dans les Petites Antilles, à 7 000 kilomètres de la métropole. Il y a deux ans, l'île s'est dotée d'un grand musée, au sein de la fondation Clément. Jusqu'au 6 mai, la Fondation Dapper présente « Afriques, artistes d’hier et d’aujourd’hui », un bel échantillon de collections anciennes et de productions contemporaines du continent.



L’exposition Afriques est pour beaucoup de Martiniquais un retour aux sources, un pont jeté entre la Martinique et le continent africain. À l'origine peuplée d'Indiens caraïbes, l'île est devenue française en 1635 et des milliers d'esclaves venus d'Afrique de l'Ouest l'ont peuplée jusqu'à l'abolition de l'esclavage en 1848. Une histoire douloureuse, enfouie, au sein d'une population aujourd'hui largement métissée qui s'est construit une identité créole. Une exposition en forme d'écho lointain :
 
« Nous pensons que nous sommes très loin de l’Afrique, mais nous sommes très proches de l’Afrique. Dans les entrailles, cela parle beaucoup, on est vraiment frère et frère », remarque un des nombreux visiteurs. « C’est quelque chose qui parle de ce que nous étions et peut-être aussi de ce que nous sommes devenus, rajoute une autre. Et quand on parle d’esprit, cela reparle aussi de notre passé à nous, parce que beaucoup disent toujours qu’il y a des esprits dans les bois. C’est un peu notre histoire. »
 
« Afriques », une exposition comme un devoir
 
Ces esprits de l'Afrique se matérialisent dans les objets présentés dans l'exposition : statuettes ou masques rituels venus du Gabon, figure de reliquaire Fang, masques Punu, figures Tsogho, objets de pouvoirs des peuples Kongo, mythes et légendes des Dogon du Mali ou bâton de danse Yoruba... Une exposition comme un devoir, explique l'homme d'affaires martiniquais Bernard Hayot, à l'origine de la création de la fondation Clément :
 
«  Les origines martiniquaises sont beaucoup en Afrique. Et cela me parait être dans la légitimité de la Fondation Clément d’offrir cette possibilité. Vous savez, nous sommes devenus au fil du temps malheureusement le seul lieu de qualité où présenter des œuvres que nous avons envie de mettre en valeur. Moi, je vais beaucoup, professionnellement, en Afrique. Le fait d’y aller quatre ou cinq fois par an, m’a rappelé que c’est un devoir de la Fondation de réaliser cette exposition. »
 
L’héritage et l’image digne de l’Afrique
 
La fondation Dapper, devenu, après la fermeture du musée à Paris, un musée itinérant, recèle un fonds d'art ancien africain exceptionnel. « L’exposition sert à montrer aux Caribéens, aux Martiniquaises et Martiniquais avant tout, que l’Afrique leur appartient, affirme Christiane Falgayrette-Leveau, la présidente de la Fondation Dapper, que c’est leur héritage et qu’il faut qu’ils regardent ces œuvres de façon positive, puisqu’elles transmettent une image digne de l’Afrique et non pas des images négatives qui sont malheureusement liées à l’esclavage et à la traite négrière. »

Les «Afriques» de la Fondation Dapper en Martinique
Les collections d'arts anciens africains de la Fondation Dapper seront désormais toujours montrées avec de l'art contemporain pour faire découvrir l'incroyable vivacité de la création artistique sur le continent. Parmi les artistes africains ayant fait le déplacement jusqu'en Martinique, il y avait le photographe burkinabè Nyaba Léon Ouedraogo présentait son travail Fantômes du fleuve Congo.
 
Du Congo à Bandjoun Station
 
« Je me suis inspiré du livre de Joseph Conrad, Au cœur de ténèbres [publié en 1902 par l’auteur anglais qui raconte le voyage d’un jeune officier de marine marchande britannique, qui remonte le cours d'un fleuve au cœur de l'Afrique noire, ndlr], un voyage à travers du fleuve Congo, qui traite du monde visible à l’invisible, du mystère au mystérieux, et comment l’Afrique contemporaine d’aujourd’hui est aux croisées des chemins entre le monde du passé et le présent. »
 
Avec sa série Purification, l'artiste camerounais Barthélemy Toguo se veut un témoin du monde contemporain. À Bandjoun Station, centre d'art qu'il a créé en pays Bamiléké, il invite les artistes caribéens à venir travailler en résidence. « À Bandjoun Station, je viens de signer une convention pour que les artistes guadeloupéens, qui font partie de la Caraïbe, puissent venir en résidence, à l’ouest du Cameroun, pour travailler non seulement avec les artisans de la région, mais aussi découvrir et rencontrer ce peuple des Bamiléké qui gardaient leur tradition séculaire. Et il est important que les Caribéens et les Africains se rencontrent aujourd’hui, parce qu’on a été séparé pendant la traite négrière. Et il est important aujourd’hui qu’on puisse monter des projets fédérateurs et unificateurs et qu’il y ait une action pédagogique très forte. »

Rfi.fr

Lundi 19 Mars 2018 - 09:48



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