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Madagascar: la dépendance aux importations pour les produits de 1ère nécessité durement ressentie

A Madagascar, l'augmentation des prix des denrées de base de plus en plus pesante pour les ménages. Très dépendante des importations pour subvenir aux besoins de sa population, la Grande Ile a déjà subi l'inflation liée à la pandémie de coronavirus. Ces derniers jours, dans un contexte de guerre en Ukraine et de dégâts sur le réseau routier liée au passage des différents cyclones et tempêtes, les prix des produits de première nécessité continuent d'augmenter sur les marchés et dans les épiceries.



« Les PPN (produits de première nécessité) sont en majorité des produits importés donc vu la hausse du prix des transports et des prix de ces biens-là sur le marché international, Madagascar a fait face à ce qu'on appelle une ‘inflation importée’, nous explique Rado Ratobisaona, président du Cercle de Réflexion des Économistes de Madagascar. Malheureusement, nous n'avons pas de produits de substitution vu la précarité de notre tissu industriel et l'insuffisance de nos produits agricoles, surtout en ce qui concerne le riz, notre aliment de base. Même si l'Etat a déjà effectué des efforts pour essayer de satisfaire le marché local avec sa société State Procurement of Madagascar (NDLR : la société qui importe directement des PPN), nous ne pouvons pas amortir d'un coup cette hausse générale des prix. »
 
Importations directes de vivres par l'Etat, mise en place de points de vente qui permettent aux foyers d'acheter du riz, des légumineuses, de l'huile, etc. à un prix raisonnable certains jours de la semaine, distributions de vivres et d'argent aux ménages les plus vulnérables... ces mesures du gouvernement ne sont pas suffisantes, estime le président de l'organisation de la société civile KMF/CNOE, Robert Namearison, qui témoigne depuis Morondava, dans l'Ouest du pays.
 
Un million et demi de Malgaches dans une extrême pauvreté
« Les prix des PPN augmentent de jour en jour. Hier, un gobelet de riz valait 800 ariary. Aujourd'hui il est à 900 ariary. Donc demain, ce sera combien ? Cette situation est due à la dépendance économique de Madagascar vis à vis de l'étranger parce qu'actuellement Madagascar n'arrive pas à produire assez de vivres pour satisfaire les besoins des Malgaches. Il y a aussi une insuffisance des contrôles des agents de l'Etat des prix sur les marchés. Pour nous, la solution c'est d'aider les Malgaches à produire ce dont ils ont besoin. Donc il faut construire ou réhabiliter des infrastructures agricoles, améliorer la capacité de productivité des Malgaches et améliorer la gouvernance. Il faut trouver des solutions pour l'indépendance économique des ménages malgaches au lieu de créer une dépendance des ménages. »
 
Avec un salaire minimum à 200 000 ariary par mois, soit environ 45 euros et les pertes d'emploi dues à la pandémie, la situation devient insoutenable pour les foyers, alertent des associations de défense des consommateurs. 1,4 million de Malgaches sont tombés dans l'extrême pauvreté en 2020 à cause de la crise engendrée par la pandémie de coronavirus, selon la Banque mondiale.
 
Pour l'économiste Rado Ratobisaona, les mesures sociales d'urgence mises en place par l'Etat sont positives à très court terme.
 
« Le gouvernement ne peut pas mener cette stratégie pendant toute l'année ou pendant deux ou trois ans. Actuellement, je pense qu'il est temps, même si c'est déjà un peu tard, de mener aussi d'autres stratégies à moyen terme, surtout pour essayer de se prémunir des risques éventuels vu le contexte mondial. La guerre en Ukraine, surtout, peut faire augmenter le prix d'autres produits stratégiques, en l'occurrence celui des carburants, qui peut avoir des répercussions graves sur l'inflation. Il est temps de mettre en œuvre un plan qui est déjà inscrit dans l'Initiative pour l'Émergence de Madagascar (NDLR : le programme du président malgache) dans le secteur agricole. Par exemple, élargir les terrains à cultiver, faciliter aussi l'accès aux engrais et aux semences, surtout en matière rizicoles. Il faut aussi allouer des ressources financières pour renforcer les industries existantes dans le secteur manufacturier pour l'huile, les céréales, pour essayer un peu de substituer les importations. »
 
L'industrialisation du pays, c'est « la seule solution »
 
« Nous avons atteint une situation d'urgence nationale, indique le ministre de l'Industrialisation, du Commerce et de la Consommation, Edgard Razafindravahy. Des mesures temporaires seront prises dès la semaine prochaine pour réglementer le prix des PPN », poursuit-il. Dans ce contexte de tendance globale de hausse des prix, le pays fait aussi « face à une spéculation de la part des opérateurs locaux, qui s'alignent parfois de manière injustifiée au cours international. »
 
Si l'Etat s'est concentré jusqu'à maintenant sur l'importation de riz, denrée de base pour les Malgaches, et du ciment depuis la fin du mois d'octobre, il envisage d'importer du sucre, de l'huile alimentaire et des semences pour les agriculteurs, détaille le ministre. L’industrialisation du pays « reste la seule solution à moyen-long terme. Nous avançons dans les discussions pour l'installation d'une cimenterie, pour les sucreries, les mini-sucreries, et pour les zones industrielles, petites ou grandes », fait savoir Edgard Razafindravahy.

RFI

Samedi 19 Mars 2022 - 12:07


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