Comment le feu des armes a-t-il pu détruire la localité de Baga, sur les rives du lac Tchad ? Comment 187 personnes ont-elles pu périr dans une opération menée contre la secte islamiste Boko Haram ?
Le brigadier général Austin Edokpaye, le commandant nigérian de la force qui est intervenue, affirme que les militants islamistes avaient avec eux de l'armement lourd et qu'ils ont utilisé des civils comme bouclier humain pendant les combats.
Ses explications ne convainquent pas les défenseurs des droits de l'homme nigérians, qui rappellent que la Joint Task Force, la force chargée de la lutte contre le terrorisme dans le Nord, a une longue pratique indiscriminée des représailles quand ses éléments sont pris pour cible par Boko Haram. « Quand l'un des leurs a été attaqué, explique un activiste, les militaires arrivent et ouvrent le feu. Ils arrêtent les gens qui étaient là et brûlent des maisons ».
Les versions divergent sur les faits qui ont conduit au déchaînement de violence. La libération des otages français, intervenue la veille a, en fait, permis aux militaires d'avoir les mains libres pour intervenir. « Pendant la captivité des otages français, analyse l'intellectuel nigérian Shehu Sani, la violence était toujours là, mais les militaires en ont moins fait usage. Contrairement à d'autres prises d'otages, poursuit-il, ils n'ont d'ailleurs pas cherché à intervenir pour obtenir la libération des captifs ».
« Cela faisait un certain temps qu'ils rongeaient leur frein, et voulaient en découdre avec Boko Haram », explique un bon connaisseur du dossier.
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