Une République qui doit rester vigilante
La situation que traverse notre pays ne devrait laisser aucun citoyen indifférent. Dans les moments où les repères institutionnels, politiques et démocratiques sont soumis à l’épreuve, le silence ne saurait être la seule réponse. Les faits observés, les actes posés et les paroles prononcées doivent, au contraire, nourrir la réflexion de tous ceux qui portent sincèrement l’avenir de la République et la défense de l’intérêt général.
Être patriote, ce n’est pas applaudir systématiquement ceux qui gouvernent. Être républicain, ce n’est pas considérer que l’exercice du pouvoir place les gouvernants au-dessus de la critique. Le patriotisme véritable consiste à vouloir pour son pays des institutions solides, une gouvernance responsable et un pouvoir toujours conscient de la confiance qui lui a été accordée par le peuple.
La fonction présidentielle impose une exigence supérieure.
S’agissant du Président de la République, il revendique un patriotisme et un républicanisme qui l’obligent naturellement à une exigence particulière. Je ne prétends pas qu’une faute ait été commise. Je considère simplement que certaines formulations utilisées dans la communication publique autour de ses déplacements appellent des clarifications.
Le terme « voyage privé du Président de la République » mérite notamment d’être interrogé. Les mots ont leur importance en matière institutionnelle. Les diplomates le savent : lorsque l’on veut prévenir les malentendus et éviter les conflits, il faut d’abord s’accorder sur les mots, les notions et les concepts. Une mauvaise qualification peut nourrir une mauvaise compréhension ; une bonne définition contribue, au contraire, à prévenir les maux. Un Président peut avoir un séjour privé, mais sa fonction demeure publique. Il convient, me semble-t-il, de distinguer le voyage privé du séjour privé. Une fois élu et investi, le Président de la République demeure Président de la République en tout lieu et en toutes circonstances. Sa fonction ne s’interrompt pas lorsqu’il quitte le territoire national, lorsqu’il se repose ou lorsqu’il consacre quelques jours à sa vie personnelle. La continuité de l’État et la permanence de la fonction présidentielle demeurent.
Cela ne signifie évidemment pas que le Président ne puisse bénéficier d’un temps de repos ou d’un séjour privé. Il est un être humain et il a, comme tout citoyen, besoin de repos et de moments personnels. Mais il reste, durant ce séjour, le chef de l’État, le garant de la continuité de l’État et le chef suprême des armées. C’est cette distinction qui mérite d’être clairement établie dans le langage public.
La transparence comme principe de confiance. Puisque le pouvoir actuel revendique une conception exigeante du patriotisme, du républicanisme et de la transparence, il est parfaitement légitime que les citoyens demandent que ces principes soient appliqués avec constance.
Le peuple sénégalais doit pouvoir savoir, dans les limites évidemment imposées par les impératifs de sécurité, où se trouve son Président et dans quel cadre général s’effectuent ses déplacements à l’étranger. Il ne s’agit pas de réclamer la divulgation d’informations susceptibles de compromettre sa sécurité ou celle de l’État. Il ne s’agit pas non plus de nier au Président son droit légitime a repos et à une vie personnelle. Il s’agit de rappeler un principe simple : la transparence institutionnelle est une composante de la confiance démocratique.
La transparence ne peut être une exigence à géométrie variable
Nous devons également avoir le courage de dire que la transparence ne saurait être une vertu réservée à l’opposition ou une exigence que l’on brandit contre un pouvoir avant de l’oublier une fois arrivé aux responsabilités. Elle doit être une règle de conduite permanente. Nous l’avons défendue hier. Nous devons continuer à la défendre aujourd’hui. Et nous devons la défendre demain, quel que soit le pouvoir en place. C’est cela, être fidèle à une conception républicaine de la politique. Nous ne défendons pas la transparence parce qu’elle sert un camp. Nous la défendons parce qu’elle sert la République.
Le pouvoir appartient au peuple.
Il faut se souvenir d’une vérité fondamentale : dans une République démocratique, le pouvoir n’est pas une propriété personnelle. Il est une responsabilité temporairement confiée par le peuple. Le Président de la République exerce une fonction éminente, mais cette fonction lui impose précisément davantage de retenue, de responsabilité et d’humilité. Plus la responsabilité est grande, plus le devoir de rendre compte est important. Rendre compte ne signifie pas être coupable. Informer ne signifie pas être accusé. Questionner le pouvoir ne signifie pas vouloir le renverser. Et demander des explications ne signifie pas manquer de patriotisme. Au contraire, une démocratie vivante a besoin de citoyens capables de questionner le pouvoir et de gouvernants suffisamment confiants dans leurs institutions pour accepter ces questions. Une conception socialiste et républicaine du pouvoir. C’est aussi cela que nous enseigne notre tradition socialiste : le pouvoir ne vaut que par l’usage qui en est fait au service de la collectivité
.
Le pouvoir politique ne doit jamais être recherché pour lui-même. Il doit être exercé au service
de l’intérêt général, dans le respect de la dignité des citoyens, de la justice, de la solidarité etdes institutions. Le socialisme démocratique auquel nous sommes attachés ne conçoit pas l’État comme un instrument au service de quelques-uns. Il le conçoit comme une institution au service de tous. C’est pourquoi nous devons refuser aussi bien l’arrogance du pouvoir que la démagogie de l’opposition. Nous devons défendre une République dans laquelle le citoyen demeure la finalité de l’action publique et l’État reste le garant de l’intérêt général.
L’humilité est la première vertu du pouvoir
Je ne suis pas dans la naïveté. Je sais les contraintes qui entourent l’exercice de la fonction présidentielle. Je sais également que certaines informations doivent nécessairement rester confidentielles pour des raisons de sécurité et d’intérêt national. Mais je demeure convaincu d’une chose : dans une démocratie, dans une République, le pouvoir est d’abord une école d’humilité. L’humilité de savoir que l’on tient son mandat du peuple.
L’humilité de comprendre que l’on n’est que de passage dans une fonction qui, elle, demeure.
L’humilité d’accepter la critique lorsqu’elle est formulée dans l’intérêt général.
L’humilité, enfin, de se rappeler que le Président passe, le gouvernement passe, les majorités passent, mais la République demeure.
Servir la République plutôt que s’en servir Notre responsabilité collective est donc de préserver cette République de toute personnalisation excessive du pouvoir, de toute opacité inutile et de toute confusion entre l’homme, la fonction et l’institution. Nous devons pouvoir critiquer sans haïr, interpeller sans insulter, demander des comptes sans chercher à humilier. C’est cette hauteur de vue que notre pays attend de ses responsables politiques. Je continuerai donc, avec la sérénité que commande la responsabilité politique, à poser les questions qui me paraissent nécessaires, non par hostilité envers une personne, mais par fidélité à une conviction profondément républicaine : le pouvoir appartient au peuple et ceux qui l’exercent doivent toujours se souvenir qu’ils n’en sont que les dépositaires temporaires.
Le patriotisme véritable n’est pas l’obéissance. Le républicanisme véritable n’est pas le silence. La démocratie véritable, c’est le pouvoir exercé avec responsabilité, contrôlé avec vigilance et assumé avec humilité.
Abdoulaye Wilane
Porte-parole du Parti socialiste
La situation que traverse notre pays ne devrait laisser aucun citoyen indifférent. Dans les moments où les repères institutionnels, politiques et démocratiques sont soumis à l’épreuve, le silence ne saurait être la seule réponse. Les faits observés, les actes posés et les paroles prononcées doivent, au contraire, nourrir la réflexion de tous ceux qui portent sincèrement l’avenir de la République et la défense de l’intérêt général.
Être patriote, ce n’est pas applaudir systématiquement ceux qui gouvernent. Être républicain, ce n’est pas considérer que l’exercice du pouvoir place les gouvernants au-dessus de la critique. Le patriotisme véritable consiste à vouloir pour son pays des institutions solides, une gouvernance responsable et un pouvoir toujours conscient de la confiance qui lui a été accordée par le peuple.
La fonction présidentielle impose une exigence supérieure.
S’agissant du Président de la République, il revendique un patriotisme et un républicanisme qui l’obligent naturellement à une exigence particulière. Je ne prétends pas qu’une faute ait été commise. Je considère simplement que certaines formulations utilisées dans la communication publique autour de ses déplacements appellent des clarifications.
Le terme « voyage privé du Président de la République » mérite notamment d’être interrogé. Les mots ont leur importance en matière institutionnelle. Les diplomates le savent : lorsque l’on veut prévenir les malentendus et éviter les conflits, il faut d’abord s’accorder sur les mots, les notions et les concepts. Une mauvaise qualification peut nourrir une mauvaise compréhension ; une bonne définition contribue, au contraire, à prévenir les maux. Un Président peut avoir un séjour privé, mais sa fonction demeure publique. Il convient, me semble-t-il, de distinguer le voyage privé du séjour privé. Une fois élu et investi, le Président de la République demeure Président de la République en tout lieu et en toutes circonstances. Sa fonction ne s’interrompt pas lorsqu’il quitte le territoire national, lorsqu’il se repose ou lorsqu’il consacre quelques jours à sa vie personnelle. La continuité de l’État et la permanence de la fonction présidentielle demeurent.
Cela ne signifie évidemment pas que le Président ne puisse bénéficier d’un temps de repos ou d’un séjour privé. Il est un être humain et il a, comme tout citoyen, besoin de repos et de moments personnels. Mais il reste, durant ce séjour, le chef de l’État, le garant de la continuité de l’État et le chef suprême des armées. C’est cette distinction qui mérite d’être clairement établie dans le langage public.
La transparence comme principe de confiance. Puisque le pouvoir actuel revendique une conception exigeante du patriotisme, du républicanisme et de la transparence, il est parfaitement légitime que les citoyens demandent que ces principes soient appliqués avec constance.
Le peuple sénégalais doit pouvoir savoir, dans les limites évidemment imposées par les impératifs de sécurité, où se trouve son Président et dans quel cadre général s’effectuent ses déplacements à l’étranger. Il ne s’agit pas de réclamer la divulgation d’informations susceptibles de compromettre sa sécurité ou celle de l’État. Il ne s’agit pas non plus de nier au Président son droit légitime a repos et à une vie personnelle. Il s’agit de rappeler un principe simple : la transparence institutionnelle est une composante de la confiance démocratique.
La transparence ne peut être une exigence à géométrie variable
Nous devons également avoir le courage de dire que la transparence ne saurait être une vertu réservée à l’opposition ou une exigence que l’on brandit contre un pouvoir avant de l’oublier une fois arrivé aux responsabilités. Elle doit être une règle de conduite permanente. Nous l’avons défendue hier. Nous devons continuer à la défendre aujourd’hui. Et nous devons la défendre demain, quel que soit le pouvoir en place. C’est cela, être fidèle à une conception républicaine de la politique. Nous ne défendons pas la transparence parce qu’elle sert un camp. Nous la défendons parce qu’elle sert la République.
Le pouvoir appartient au peuple.
Il faut se souvenir d’une vérité fondamentale : dans une République démocratique, le pouvoir n’est pas une propriété personnelle. Il est une responsabilité temporairement confiée par le peuple. Le Président de la République exerce une fonction éminente, mais cette fonction lui impose précisément davantage de retenue, de responsabilité et d’humilité. Plus la responsabilité est grande, plus le devoir de rendre compte est important. Rendre compte ne signifie pas être coupable. Informer ne signifie pas être accusé. Questionner le pouvoir ne signifie pas vouloir le renverser. Et demander des explications ne signifie pas manquer de patriotisme. Au contraire, une démocratie vivante a besoin de citoyens capables de questionner le pouvoir et de gouvernants suffisamment confiants dans leurs institutions pour accepter ces questions. Une conception socialiste et républicaine du pouvoir. C’est aussi cela que nous enseigne notre tradition socialiste : le pouvoir ne vaut que par l’usage qui en est fait au service de la collectivité
.
Le pouvoir politique ne doit jamais être recherché pour lui-même. Il doit être exercé au service
de l’intérêt général, dans le respect de la dignité des citoyens, de la justice, de la solidarité etdes institutions. Le socialisme démocratique auquel nous sommes attachés ne conçoit pas l’État comme un instrument au service de quelques-uns. Il le conçoit comme une institution au service de tous. C’est pourquoi nous devons refuser aussi bien l’arrogance du pouvoir que la démagogie de l’opposition. Nous devons défendre une République dans laquelle le citoyen demeure la finalité de l’action publique et l’État reste le garant de l’intérêt général.
L’humilité est la première vertu du pouvoir
Je ne suis pas dans la naïveté. Je sais les contraintes qui entourent l’exercice de la fonction présidentielle. Je sais également que certaines informations doivent nécessairement rester confidentielles pour des raisons de sécurité et d’intérêt national. Mais je demeure convaincu d’une chose : dans une démocratie, dans une République, le pouvoir est d’abord une école d’humilité. L’humilité de savoir que l’on tient son mandat du peuple.
L’humilité de comprendre que l’on n’est que de passage dans une fonction qui, elle, demeure.
L’humilité d’accepter la critique lorsqu’elle est formulée dans l’intérêt général.
L’humilité, enfin, de se rappeler que le Président passe, le gouvernement passe, les majorités passent, mais la République demeure.
Servir la République plutôt que s’en servir Notre responsabilité collective est donc de préserver cette République de toute personnalisation excessive du pouvoir, de toute opacité inutile et de toute confusion entre l’homme, la fonction et l’institution. Nous devons pouvoir critiquer sans haïr, interpeller sans insulter, demander des comptes sans chercher à humilier. C’est cette hauteur de vue que notre pays attend de ses responsables politiques. Je continuerai donc, avec la sérénité que commande la responsabilité politique, à poser les questions qui me paraissent nécessaires, non par hostilité envers une personne, mais par fidélité à une conviction profondément républicaine : le pouvoir appartient au peuple et ceux qui l’exercent doivent toujours se souvenir qu’ils n’en sont que les dépositaires temporaires.
Le patriotisme véritable n’est pas l’obéissance. Le républicanisme véritable n’est pas le silence. La démocratie véritable, c’est le pouvoir exercé avec responsabilité, contrôlé avec vigilance et assumé avec humilité.
Abdoulaye Wilane
Porte-parole du Parti socialiste
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