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Présidentielle en Ouganda: un vote sous tension, entre fracture générationnelle et test de confiance

Quelque 21,6 millions d’électeurs sont appelés aux urnes en Ouganda où les bureaux de vote ont ouvert pour les élections générales ce jeudi 15 janvier. Le président sortant Yoweri Museveni, qui a pris le pouvoir en janvier 1986, il y a un peu plus de quarante ans, brigue un septième mandat face à sept candidats dont son principal rival, l’opposant Bobi Wine. L’ONU et Amnesty International ont mis en garde contre un climat de répression et de restrictions, alors que le régime a coupé l’accès à l’internet et renforcé son dispositif sécuritaire.



Présidentielle en Ouganda: un vote sous tension, entre fracture générationnelle et test de confiance
En Ouaganda, qui n’a jamais connu d’alternance présidentielle pacifique depuis son indépendance en 1962, « beaucoup d’électeurs n’ont aucun souvenir des circonstances ayant conduit Yoweri Museveni au pouvoir, et ils veulent du changement. » Pour l’analyste Alex Vines, directeur du programme Afrique à l'European council on foreign relations (ECFR), tout l’enjeu est là : un scrutin qui met face à face une promesse de continuité, et une jeunesse qui entend rompre avec le passé et regarde vers l’avenir.

Tout un pays semble vivre au ralenti. Mercredi 14 janvier, à la veille du scrutin, l’Ouganda donnait l’impression de retenir son souffle. À Kampala, depuis mardi soir, les militaires étaient visibles à plusieurs carrefours, la circulation était clairsemée, au moment où les connexions internet venaient d’être coupées dans l’ensemble du pays. Plus au nord, à Lira, une même sensation de ville figée. « Pas de circulation, les rues sont désertes », raconte JB Jackson, commerçant, joint par téléphone.

Aux Ougandais privés de réseau, les autorités expliquent vouloir prévenir la désinformation, les fraudes et les appels à la violence. Des arguments que rejette Amnesty International. L’ONG exige « d’urgence » la levée de ces restrictions. Elle dénonce une entrave à l’information à l’approche d’un scrutin crucial et une tentative d’empêcher la transparence du vote. Dans le même esprit, le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme a mis en garde contre un environnement de « répression et intimidation généralisées », visant notamment l’opposition, les défenseurs des droits et les journalistes.

L’héritage et le récit de la stabilité
Yoweri Museveni gouverne le pays depuis 1986. Dans son camp, l’argument central tient en un mot : stabilité. Cela en accréditant l’idée que le pays a désormais tourné la page après des décennies de chaos politique et de violence, et que la priorité est aujourd’hui d’éviter tout retour en arrière.

C’est ce schéma narratif que défend avec force Kenneth Omona, ministre d’État chargé de la réhabilitation du Nord de l’Ouganda et cadre du parti au pouvoir, le Mouvement national de résistance (NRM). Il rejette les critiques sur la longévité du régime et assume le modèle d’un pouvoir sans limite temporelle incarné par Museveni : « Quarante ans de stabilité, c’est trop long ? Pas du tout ! »

À cet effet, Kenneth Omona mentionne le cas de la République démocratique du Congo, où les dirigeants changent, rappelle-t-il, mais « la stabilité n’est toujours pas au rendez-vous ». Il revendique, pour le nord de l’Ouganda, une « paix relative » et l’espoir d’une transformation économique, avec l’arrivée annoncée des revenus pétroliers. Il balaie aussi l’idée que le NRM aurait fait perdurer les problèmes du passé. Avant l’arrivée au pouvoir de son mouvement politique, assure-t-il, le pays « souffrait de corruption et de mauvaise gestion ».

En face, la Plateforme de l'unité nationale (NUP) — le parti de Bobi Wine — conteste ce récit et renverse l’accusation. La corruption, affirme le candidat, reste au cœur du système actuel. Ben Byamugisha, membre du comité central du NUP, rejette aussi l’idée que l’opposition voudrait « mettre le feu » au pays. Il écarte les accusations de fomenter le chaos, qui lui sont adressées par les autorités, et insiste sur la voie d’une contestation « dans les urnes ». « La démocratie a été dévoyée », dit-il, appelant à une mobilisation massive le jour du scrutin : « Quand je parle de vote protestataire, je ne parle pas de descendre dans la rue, je parle d’aller voter en très grand nombre ».

Derrière ces formules et déclarations, il y a un même objectif : gagner la bataille de la crédibilité. Le NRM martèle les concepts de stabilité et de continuité. Le NUP répond par la promesse d’une meilleure gouvernance et d’une relance des emplois, bref d’un “nouveau départ”. Deux récits, deux électorats — et, au centre, une jeunesse majoritaire dans le pays, que chacun cherche à convaincre.

L’inconnue de l’après-scrutin
Au-delà du nom du vainqueur, c’est l’après-vote qui inquiète. L’Ouganda n’a jamais connu de transition politique pacifique depuis son indépendance : une donnée qui pèse sur l’acceptation des résultats et sur la capacité du pays à éviter une crise post-électorale.

Dans cette équation, Alex Vines ajoute un élément : l’expérience vécue au niveau régional, au-delà du pays. C’est pourquoi, selon lui, les autorités ougandaises observent de près ce qui s’est passé récemment ailleurs — en Tanzanie, au Kenya, au Mozambique — et la manière dont une jeunesse « assoiffée de changement » peut se mobiliser. D’où, dit-il, une stratégie de verrouillage avant le vote. Mais, prévient l’analyste, la question demeure : « Comment les jeunes réagiront si une victoire écrasante de Museveni est annoncée ? » Seul, l'après-vote le dira.

RFI

Jeudi 15 Janvier 2026 - 08:50


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