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Présidentielle ivoirienne : le processus électoral et le scrutin remis en cause par la mission internationale d'observation



Présidentielle ivoirienne : le processus électoral et le scrutin remis en cause par la mission internationale d'observation
Au moment où Alassane Ouattara a été a proclamé vainqueur avec 94,27% des voix par la CEI, la mission internationale d’observation électorale en Côte d’Ivoire a remis en cause le processus électoral et scrutin. Elle a rendu publique sa déclaration préliminaire sur l’organisation de la présidentielle ivoirienne. Un rapport qui accable l’État ivoirien, estimant que le « scrutin n’est pas inclusif » et « boycotté qui laisse un pays fracturé ».

Dans ce rapport, la mission a relevé trop d’irrégularités. Le contexte politique et sécuritaire n’a pas permis d’organiser une élection présidentielle compétitive et crédible. Le processus électoral a exclu un grand nombre de forces politiques ivoiriennes et a été boycotté par une partie de la population dans un environnement sécuritaire volatile. Plusieurs candidats n’ont pas participé à l’élection et une part importante de la population n’a pas participé à ce scrutin.

Les appels de l’opposition à la désobéissance civile et les actes de violence qui ont suivi ont également impacté le scrutin. Ces problèmes menacent l’acceptation des résultats par la population et la cohésion du pays. La décision du Président sortant, Alassane Ouattara, de briguer un troisième mandat, après s’être engagé à ne pas être candidat à sa propre succession, a suscité une forte crispation au sein de la classe politique et de la population.

Sur 44 candidatures déposées, 40 ont été rejetées, sans que les prétendants n’aient accès à un recours effectif, le rejet de leurs dossiers leur ayant été signifié en dernier ressort. Sur quatre candidatures acceptées, seuls Alassane Ouattara et Kouadio Konan Bertin ont mené campagne, les deux candidats de l’opposition ayant appelé à boycotter activement le processus électoral.
 
Ces facteurs combinés ont plongé le pays dans une période de campagne électorale déséquilibrée et terne, marquée par la désobéissance civile et des violences qui ont fait plus de 30 morts et des centaines de blessés.
 
La pandémie de COVID 19 et l’état d’urgence ont servi de soubassement pour modifier le Code électoral par ordonnance six mois avant le scrutin, sans consensus préalable de la classe politique ivoirienne.
 
La liberté de réunion et de manifestation a été limitée par l’imposition d’une autorisation préalable soumise au pouvoir discrétionnaire de l’autorité de l’État. L’état d’urgence ne saurait imposer une telle limitation pendant une période électorale.
 
Cette situation a conduit la Commission électorale indépendante (CEI) à fonctionner, au niveau central, avec 13 membres sur 16 et ses démembrements avec cinq des huit membres prévus par les textes. En outre, les démembrements de l’administration électorale sont largement dominés par la majorité présidentielle avec 97% de présidents de commissions locales, rencontrés par nos observateurs, appartenant au RHDP.
 
La radiation des électeurs décédés communiquée par la CEI ne représenterait que 5% des personnes potentiellement décédées depuis la dernière révision de 2018, un grand nombre d’électeurs aujourd’hui décédés restent donc présents dans la base de données. Eu égard à la tension politique observée autour de l’état de ce fichier électoral constitué il y a 10 ans, la CEI devrait pouvoir rassurer l’ensemble des acteurs en réalisant un audit externe de cette base de données, pour garantir à toute la classe politique qu’elle répond aux standards internationaux.
 
La distribution des cartes d’électeur a souffert du boycott actif lancé par l’opposition, ne permettant la délivrance que de 41,15% des cartes en amont du scrutin.
 
Le taux de participation observé est mitigé et présente de fortes disparités sur le territoire national avec un taux élevé dans le nord, faible dans le centre et à l’ouest et très variable dans le sud du pays.
 
Le scrutin a été marqué par un grand nombre d’incidents et un environnement sécuritaire volatile. Ainsi, dans 6 des 17 régions observées, l'organisation du vote a été fortement impactée avec, à minima, 1 052 BV comptabilisés par nos observateurs, qui n’ont jamais pu couvrir  ces régions. Dans les autres régions observées, en dépit d’incidents localisés, le vote a pu globalement être organisé dans de bonnes conditions.
 

Salif SAKHANOKHO

Mardi 3 Novembre 2020 - 09:45


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