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Protéger les populations, l'économie et la diplomatie: le casse-tête des Etats

Les gouvernements du monde entier tentent de réagir à la propagation du coronavirus, mais chacun adopte des réponses divergentes et unilatérales dans un mouvement largement cacophonique, où chacun arbitre entre efficacité sanitaire, préservation de l'économie et intérêts diplomatiques.



Prévisions de croissance mondiale en berne, marchés boursiers dans le rouge, pays qui tournent au ralenti: le nouveau coronavirus oblige les gouvernements du monde entier à trouver un équilibre entre protéger ses populations et éviter la crise. 

"La Chine et l'Italie ont fait le pari de privilégier le point de vue sanitaire. Mais l'équilibre économique est quelque chose d'extrêmement important et on le sous-estime", pointe Anne-Marie Moulin, médecin, philosophe et directrice de recherche au CNRS. 

"La question maintenant qui se pose c'est la longueur de la récession. Quand on gèle une économie on ne sait jamais quand on va la réouvrir", prévient l'analyste économique Juliette Declercq, fondatrice du cabinet d'analyse JDI Research, basé à Londres.

La cacophonie qui règne autour de l'organisation des évènements sportifs est une illustration flagrante de la pression qui pèse sur les autorités. 

Si les annulations d'évènements sportifs commencent à tomber en cascade, les rencontres de la très lucrative Ligue des Champions ou le Grand Prix d'Australie de Formule 1 sont pour l'instant maintenues et il semble exclu d'annuler les JO à Tokyo ou l'Euro de foot.

"La tenue d'évènements à huis clos est la moins pire des options. Il y a un aspect opium du peuple avec le sport. Mais si cela commence à atteindre les acteurs du jeu ça peut changer la donne", décrypte Vincent Chaudel fondateur de l'Observatoire du sport business.  

Tentation du repli

Mais au-delà des intérêts économiques, en période de pandémie, c'est aussi la diplomatie qui tient sur un fil.

Dans le monde ouvert et libre-échangiste de 2020, la tentation du repli sur soi est grande face à la menace d'un virus.

Derrière l'unité de façade de l'Union européenne qui a promis d'agir de manière coordonnée pour sauver son économie, les réponses continuent de différer selon les Etats.

De quoi agacer la patronne de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, qui a déploré "la lenteur et la complaisance" des gouvernements, "en particulier en zone euro".

A l'heure où les masques et les gels hydroalcooliques se font rares, certains pays comme l'Allemagne ou la France ont par exemple interdit l'exportation de matériel médical de protection.

La Slovénie a quant à elle décidé de complètement fermer sa frontière avec l'Italie, tandis que la Slovaquie ne laissera plus rentrer d'étranger sur son sol....à l'exception des voisins polonais. 

Alors comment protéger sa population sans vexer sespartenaires? 

C'est peut-être une question que l'Iran s'est posé un peu trop longtemps au début de l'épidémie, en tardant à prendre des mesures sur les voyageurs chinois.

"Le régime a tout fait pour dissimuler l'existence et la propagation de ce virus alors que le monde entier savait que la Chine à ce moment-là était le centre de propagation de ce virus. Les Iraniens ont continué de faire comme si de rien était au nom de leurs relations avec la Chine", explique à l'AFP, Azadeh Kian enseignante en sciences politiques à Paris, spécialiste de l'Iran.

"La Chine est un partenaire crucial du régime iranien, c'est son premier acheteur de pétrole. Cela explique pourquoi ils n'ont pas pris de mesures", poursuit-elle, qui précise que c'est "grâce aux médias étrangers" que la population a pu apprendre l'ampleur de l'épidémie dans le pays. 

Libertés vs santé

Economie, diplomatie...et démocratie: les autorités sont confrontées à un arbitrage tout aussi délicat entre le respect des libertés individuelles et la lutte contre la propagation du virus.

"Est-ce que ça existe une démocratie sanitaire? Face à une épidémie, c'est un peu antithétique de laisser les gens faire ce qu'ils veulent", estime Anne-Marie Moulin. 

"Le risque fait partie d'une société libre, on ne peut pas l'éliminer et il faut trouver un équilibre. On fait constamment ce choix en politique publique et ce débat doit avoir lieu dans une démocratie", répond le philosophe libéral Gaspard Koenig.

Avec ses mesures de confinement drastique, la Chine semble obtenir des premiers résultats pour endiguer l'épidémie.

"La Chine est unique car elle a un système politique qui peut recueillir l'assentiment de la population malgré des mesures extrêmes. Mais le contrôle social et la surveillance intrusive ne sont pas un bon modèle pour les autres pays", conclut Lawrence Gostin, professeur en droit de la santé à l'université de Georgetown, dans la revue Science. 

AFP

Jeudi 12 Mars 2020 - 18:52



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