Le professeur Nicolas Agbohou, économiste et auteur de l’ouvrage Le franc CFA et l’euro contre l’Afrique, a livré une analyse sans détour sur les perspectives monétaires des États du Sahel, qui envisagent de rompre définitivement avec le système du franc CFA.
Par Fanta TOURE
Journaliste Indépendant
Selon lui, « dans la zone francophone, le dernier décideur, c’est la France », car cette monnaie, créée à l’origine comme le franc des colonies françaises d’Afrique, demeure un instrument d’influence. Peu importe les réformes ou les appellations successives, le contrôle fondamental reste entre les mains de Paris.
Pour l’économiste, l’intention des trois États du Sahel — le Mali, le Niger et le Burkina Faso — de battre leur propre monnaie représente une rupture historique. « Ils seront désormais les premiers décideurs. La France n’aura plus d’emprise sur eux. Ils seront totalement libres », a-t-il souligné, estimant qu’il est « tout à fait normal » lorsqu'ils quittent la BCEAO, ces pays récupèrent leurs capitaux et réserves.
Agbohou insiste sur le concept du « triangle de souveraineté », composé de trois éléments essentiels : la monnaie, la défense et la constitution. « Si vous n’avez pas la possibilité de vous défendre, vous êtes esclavagisable à tout moment », prévient-il. Sans ces trois piliers, aucun pays africain ne peut prétendre à une véritable indépendance.
Concernant le futur système monétaire du Sahel, l’expert recommande d’abandonner le régime de change fixe au profit d’un système de change flottant, plus adapté à la réalité économique des pays africains.
Il met également en garde contre les illusions des critères de convergence, souvent mis en avant dans les projets comme celui de la CEDEAO avec la monnaie ECO. « Ils ont défini 16 critères, puis 8, mais ils n’y arrivent pas », rappelle-t-il. Pour Agbohou, la création d’une monnaie unique africaine ne repose pas sur la technique mais sur une décision politique souveraine.
« Ce que nous sommes en train de dire, ce sont des décisions politiques. Quand on est souverain, on décide politiquement », affirme-t-il. L’objectif ultime, selon lui, est la mise en place d’une monnaie unique africaine, fruit d’une volonté collective et d’une souveraineté retrouvée, qui entraînera par la suite l'adhésion d'autres pays africains.
« La monnaie, c’est un élément essentiel de la souveraineté. Si on a notre monnaie, on a tout », conclut Nicolas Agbohou, résumant ainsi la philosophie qui anime aujourd’hui les États du Sahel dans leur quête d’indépendance totale.
Par Fanta TOURE
Journaliste Indépendant
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