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La disparition du Premier ministre ivoirien Hamed Bakayoko



La disparition du Premier ministre ivoirien Hamed Bakayoko
Retour sur le décès, ce 11 mars, en Allemagne, du Premier ministre ivoirien Hamed Bakayoko, unanimement salué comme un homme de consensus, capable de passer, dans une même journée, de chez un leader d’une sensibilité politique à un autre, puis chez un troisième, de sensibilité différente. Dans un pays où les rivalités partisanes semblent parfois irréconciliables, n’est-ce pas, là, une qualité essentielle ?

C’en est Une, en effet. Et elle est d’autant plus essentielle que ce pays donne l’impression d’être toujours écartelé entre des inimitiés sans issue. Il faut juste regretter qu’il faille attendre que disparaissent les hommes de consensus, pour verser tant de larmes sur l’incommensurable perte que constitue pour la nation leur disparition. C’est à croire que les Ivoiriens ne se souviennent même plus que leur patrie était, naguère, elle-même une nation de consensus. Combien d’Hamed Bakayoko doivent encore s’éteindre, avant que ce peuple ne prenne le temps de s’interroger franchement sur les biais par lesquels il est, si vite, parvenu à dilapider ce patrimoine d’esprit de consensus qu’il a reçu de Félix Houphouët-Boigny ?

« Le Vieux » s’était éteint depuis six petites années, lorsque la Côte d’Ivoire a connu le premier coup d’Etat de son histoire, en 1999. Trois ans plus tard, éclatait une rébellion armée, que nul n’aurait imaginée dans ce havre de paix. Et quelque huit ans après, quelque 3 000 Ivoiriens périssaient dans une guerre meurtrière, que les meilleurs analystes n’auraient imaginée, du vivant d’Houphouët-Boigny.

Si la classe politique ivoirienne ne voit, en cela, rien d’inadmissible, alors, vaines seront toutes ses tentatives, visant à nous persuader de la sincérité de ses pleurs pour Hamed Bakayoko. Il faudrait, alors, se résoudre à admettre que les hommes de consensus dont ils prétendent s’honorer auront prêché dans le désert, et qu’en réalité, les grands principes de la philosophie politique du « Vieux » les indiffèrent.

Quels sont donc les grands principes en question ?

Jusqu’au début des années 90, c’est Laurent Gbagbo et quelques-uns de ses camarades de gauche qui menaient la lutte, pour obliger le régime du parti unique à se résoudre à une démocratie pluraliste. Auparavant, le pouvoir a, certes eu, ses périodes de paranoïa, son lot de complots plus ou moins réels, et procédé à des arrestations, parfois arbitraires. Mais la Côte d’Ivoire d’Houphouët-Boigny a su, dans l’ensemble, ne pas devenir une dictature violente et sanglante, comme ceux que subissaient d’autres peuples du continent.

Même le plaisant humour ivoirien que beaucoup apprécient aujourd’hui est né de l’inventivité de ce peuple, de son habileté à se glisser dans le peu d’espace que lui laissait le pouvoir, comme une soupape de respiration, pour égratigner le régime, de manière allusive, sans craindre le pire. L’essentiel était de ne pas s’en prendre violemment à la personne du chef de l’État.

Lorsque, peu après le discours de La Baule, en 1990, Laurent Gbagbo a accentué la pression sur le régime, Houphouët-Boigny, craignant une fin prochaine, a presque supplié, pour qu’on le laisse organiser sa sortie. Si ce grand leader a pu supplier, c’est parce qu’il était capable de faire, en toute humilité, des concessions inimaginables, juste pour éviter de mettre son pays à feu et à sang. En clair, jamais la guerre de 2011 ne serait survenue dans « sa » Côte d’Ivoire.

Le décès d’Hamed Bakayoko peut-il ressouder la nation ?

Autant, en politique, certains Ivoiriens peuvent être manichéens, vindicatifs, autant certains autres s’abstiennent d’assimiler la différence d’appartenance à la détestation de l’autre. Bien sûr, les animosités actuelles découlent de ce que la guerre de succession, en 1993, a été vécue par certains comme une lutte à mort. Elle s’est faite, certes, sans armes, mais comme elle a été destructrice !

La relative reprise économique de ces dernières années a pu donner à certains l’impression que la nation était redevenue elle-même. Mais, comment perdre de vue qu’il a suffi que se rompe l’entente Bédié-Ouattara, pour que s’ouvrent, béantes, les blessures que tous feignaient d’avoir oubliées. À cette entente, conçue naguère contre Gbagbo, s’est donc substituée, une nouvelle, nouée, aujourd’hui, entre Bédié, Gbagbo et quelques autres, contre Ouattara.

D’autres Hamed Bakayoko disparaîtront, et jusqu’au dernier des hommes de consensus, que toutes les larmes versées sur leur dépouille ne suffiront à ressouder cette nation. Du moins, pas tant que les ententes se feront contre une personne, et non pour la Côte d’Ivoire.

rfi

Samedi 13 Mars 2021 - 09:59


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