Quand le président des Etats-Unis diffuse des intox d’extrême droite

Donald Trump a relayé sur son compte Twitter trois vidéos postées par la responsable d’une formation britannique d’extrême droite. Deux d’entre elles sont trompeuses.



Quand le président des Etats-Unis diffuse des intox d’extrême droite
Les vidéos, particulièrement celles qui présentent des scènes violentes, sont de longue date un outil de choix pour les militants d’extrême droite sur Internet. Mais jusqu’ici elles restaient le plus souvent cantonnées aux réseaux sociaux.

Mardi, le président américain, Donald Trump, a changé ce paradigme. A 6 heures du matin, heure américaine, il a relayé sur Twitter, son réseau social favori, une série de messages postés la veille par une politique et activiste d’extrême droite britannique, Jayda Fransen, vice-présidente du parti Britain First, dont les méthodes lui ont valu d’être interdit pour trois ans d’entrée dans une mosquée ou dans le centre-ville de Luton.

Ces trois vidéos, dénuées de tout contexte, sont présentées comme « un musulman détruisant une statue de la Vierge Marie », « une foule islamiste poussant un adolescent d’un toit », puis « un immigré musulman ». Or c’est en partie faux.

Deux vidéos sur trois n’ont rien à voir avec l’islam
 

Quand le président des Etats-Unis diffuse des intox d’extrême droite
La première vidéo date de 2013, elle montre un homme détruisant une statue de la Vierge Marie. Il s’agit de propagande de l’organisation Etat islamique en Syrie.

La deuxième, au contenu très violent, provient d’Egypte et date de 2013. Il s’agit d’une bagarre entre opposants politiques qui a dégénéré, provoquant la mort d’un adolescent poussé du toit. Selon le Daily News Egypt, l’auteur de ce geste, favorable à l’ex-président Morsi, a été condamné à mort en 2015. Mais la religion n’est pas en cause dans ce meurtre.

Quand le président des Etats-Unis diffuse des intox d’extrême droite
La troisième non plus n’est pas ce qu’on lui fait dire. Elle provient des Pays-Bas, mais l’agression qu’on y voit n’est pas le fait d’un « migrant musulman », contrairement au titre de la vidéo. Selon le site hollandais Geenstijl, qui a publié cette vidéo sur sa plate-forme Dumpert, il n’a jamais été question de migrant, mais d’un jeune homme de nationalité néerlandaise en attaquant un autre. A la suite de la vidéo, l’agresseur, originaire d’une petite ville hollandaise, a d’ailleurs été arrêté.
 
Une formation d’extrême droite aux méthodes contestées

Au-delà du contenu des vidéos, le fait que le président Trump légitime Jayda Fransen en relayant ses messages de haine à ses 43 millions d’abonnés n’a pas manqué de faire réagir au Royaume-Uni. «Après avoir légitimité l’extrême droite dans son propre pays, Trump essaie de le faire dans le nôtre, s’est désolé Brian Cox, le veuf de la députée travailliste Jo Cox, assassinée par un militant d’extrême droite. Répandre la haine a des conséquences et le président devrait avoir honte de lui. »

Britain First, dont Mme Fransen est la numéro deux, est en effet loin d’être un parti comme les autres. Né en 2011 d’une scission avec le British National Party, une formation nationaliste encore plus radicale, en n’hésitant pas à recourir à la violence.

Il y a trois ans, son fondateur, Jim Downson, expliquait chercher à provoquer une « guerre sainte » dans les rues britanniques en intimidant des fidèles musulmans par le biais d’« invasions » de mosquées par ses militants en tenue paramilitaire. En 2016, dans un contexte marqué par le meurtre de Jo Cox et une montée plus générale de la violence par des groupuscules d’extrême droite, le Parlement britannique avait même débattu d’une éventuelle inscription de Britain First sur la liste des organisations terroristes.

lemonde.fr

Mercredi 29 Novembre 2017 - 15:42



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