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Témoignages d'un migrant rescapé: "A un moment donné on préférait mourir en haute mer"

Agé d’une quarantaine d’années, Kara Faye est originaire du village de Makhadji-Patasine (Fatick). En 2000, il faisait partie des premiers candidats à prendre les pirogues de la mort pour tenter de rallier les îles Canaries (Espagne). Malheureusement pour lui, leur barque avait échoué au large de Dakhla (Maroc). de- puis son rapatriement dans le cadre d’une coopération entre le Sénégal, le Maroc et l’Espagne, Kara Faye vit dans la précarité. Mais jure qu’il ne compte plus braver la Méditerranée où il avait frôlé la mort.



Le Témoin : Pourquoi avez-vous risqué votre vie à l’époque pour tenter de rejoindre l’Espagne ?

Kara Faye :
peut-être que c’était une erreur de jeunesse puisque je n’avais environ que 20 ans. Fin année 2000, j’ai reçu un appel en provenance d’Espagne au télécentre du village de Makhadji. Au bout du fil, un ami qui m’informait de son arrivée dans ce pays par voie maritime. Un voyage qui lui avait coûté 300.000 francs. A partir de ce moment, je n’avais plus qu’une seule idée en tête : partir en Espagne. Nous étions prés de 400 personnes à embarquer à bord d’une grande pirogue appartenant à des Ghanéens à partir des îles Diogué situées en Casamance en route pour les îles Canaries, nous sommes restés 13 jours en haute mer où nous nous sommes perdus. A bord de la pirogue, il n’y avait plus d’eau, plus de nourriture. Certains mettaient du sucre dans l’eau de mer pour pouvoir la boire. Pendant ce temps, les Ghanéens membres de l’équipage inhalaient une poudre blanche (ndlr : cocaïne) par le nez pour se droguer. ils buvaient aussi beaucoup de bière. Durant tout le périlleux et long voyage, ils se battaient dans la pirogue. Et aucun passager n’osait piper mot par peur d’être jeté par-dessus bord. D’ailleurs, sous l’effet de la drogue, un Ghanéen s’est jeté nuitamment dans l’eau avant de disparaître. ivres, irresponsables et drogués, les piroguiers ghanéens ont fini par perdre le cap. Ainsi, l’embarcation a échoué sur la plage de Dakhla (Maroc). A l’arrivée, on se croyait en Espagne. Il a fallu l’arrivée des gardes cotes marocains pour se qu’on se rende à l’évidence.

Dakhla, bien qu’étant au Maroc, n’était-il pas le quai de la survie pour vous ?
Oui ! car, à un moment donné, c’était tellement dur qu’on préférait mourir en haute mer pour abréger notre souffrance, notre agonie. On n’avait plus rien à manger, ni rien à boire. Sans compter le manque de sommeil. Pour toutes ces raisons, Dakhla était le quai de la survie, comme vous le dites, voire de la délivrance vitale. Ce même si, au départ des îles Diogué, nous étions motivés et très contents d’embarquer du fait que deux pirogues de passeurs ghanéens, qui avaient quitté le même lieu une semaine plus tôt, étaient arrivées aux îles Canaries. Par contre, durant notre séjour en Casamance, certains rabatteurs nous ont soufflé à l’oreille qu’une pirogue ayant à son bord près de 200 personnes était partie un mois auparavant et on était resté sans nouvelle sans nouvelles de ces migrants. A coup sûr, ils ont péri en mer. Pour revenir au Maroc, les gardes cotes nous ont conduits dans un camp militaire où nous sommes restés une semaine avant d’être rapatriés au Sénégal. Un gros avion-cargo est venu nous prendre au Maroc. Une fois à bord, on a constaté que l’avion venait de Las palmas et contenait d’autres migrants sénégalais rapatriés dans les mêmes conditions que nous.

Et si c’était à refaire aujourd’hui ?
Si c’était à refaire, je ne prendrais plus jamais de la vie ces pirogues de la mort. Et pourtant, jusqu’à présent, je ne travaille pas. Seulement, ce que je déplore le plus, c’est le fait que le gouvernement n’a rien fait pour les premiers rapatriés de « Barça ou Barsakh » que nous sommes. A l’arrivée à l’aéroport de Dakar- Yoff, les responsables du ministère des Affaires étrangères ne nous avaient donné qu’un sandwich à chacun et une modique somme en guise de transport. Vous étiez témoins de notre arrivée (ndlr : votre serviteur) puisque c’est là que nous nous sommes connus. Mais je rends grâce à Dieu de me maintenir encore vie contrairement aux milliers de nos compatriotes engloutis dans l’océan.

Le Témoin

AYOBA FAYE

Mardi 17 Décembre 2019 - 09:07



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