Trahisons, lâchetés, mensonges... 5 anecdotes accablantes sur la campagne perdue de Fillon

C'est un récit à froid, méthodique, de la plus humiliante défaite connue par la droite française sous la cinquième République. L'ancien directeur de campagne de François Fillon, Patrick Stéfanini, publie cette semaine "Déflagration, dans le secret d’une élection impossible", un livre accablant pour Les Républicains.



Trahisons, lâchetés, mensonges... 5 anecdotes accablantes sur la campagne perdue de Fillon

Si tout s’était passé autrement, il serait peut-être devenu le directeur de cabinet de François Fillon à l’Élysée. Patrick Stéfanini publie cette semaine « Déflagration, dans le secret d’une élection impossible » chez Robert Laffont. Une plongée inédite dans la campagne perdue de l’ancien Premier ministre. Celui qui passa longtemps pour un « faiseur de roi » à droite, après avoir mené par deux fois Jacques Chirac à la victoire – aux présidentielles de 1995 et 2002 – et permis à Valérie Pécresse de se hisser à la tête de la région Île-de-France en 2015, analyse froidement les raisons de la défaite de son camp. Petites lâchetés, mensonges éhontés, ambitions personnelles sont autant d’ingrédients d’un récit implacable, coécrit avec la chef du service politique de L’Obs Carole Barjon. Challenges a choisi d’en retenir 5 anecdotes.

Fillon savait depuis plusieurs mois pour « Le Canard »

La question obsède ceux qui l’ont côtoyé et soutenu pendant la présidentielle. À quel moment François Fillon a-t-il appris que le « Canard Enchainé » enquêtait sur sa femme Pénélope ? Dans son livre, Patrick Stéfanini assure qu’il a découvert l’information comme tout le monde… en lisant l’hebdomadaire satirique le 24 janvier. « C’est comme si la foudre s’était abattue sur nous », écrit l’ancien directeur de campagne de François Fillon. Pour autant, Patrick Stéfanini semble aujourd’hui persuadé que d’autres personnes étaient au courant au QG du candidat. À commencer par la conseillère presse de François Fillon Myriam Lévy. « Gilles Boyer, alors trésorier de la campagne, m’apprendra huit mois plus tard, le 9 octobre, que c’est lui qui, en pianotant son portable, découvre le mardi 24 vers 15 heures sur le compte Twitter du Canard Enchaîné l’accroche de l’article qui doit être publié le lendemain. Il fonce alors voir Myriam Lévy qui lui aurait dit : « Je savais bien que ça finirait par sortir… et elle est ensuite venue me prévenir. (…) Rétrospectivement, ces quelques minutes dans l’après-midi de ce 24 janvier posent question. La réaction de Myriam Lévy semble prouver qu’elle redoutait quelque chose, mais qu’elle n’est pas nécessairement la personne que Le Canard Enchaîné a interrogée au sujet des contrats de Pénélope Fillon. »

Autre témoignage allant dans ce sens, celui du président du Sénat Gérard Larcher. « Six mois plus tard, le 10 juillet, j’ai déjeuné avec Gérard Larcher en présence de Patrick Dray son conseiller pour la stratégie politique et la communication, et nous avons évidemment reparlé de toute cette période difficile. Ce jour-là, le président du Sénat m’a indiqué que François Fillon lui avait dit, dès avant Noël : « Je suis interrogé sur l’emploi de mon épouse à la Revue des Deux Mondes. » Et Patrick Stéfanini d’en conclure que « François Fillon savait manifestement, dès le mois de décembre, que la situation professionnelle de sa femme suscitait des questions. »

Le jour où Borloo a failli remplacer Fillon

Marquée par ses rebondissements, la campagne présidentielle a bien failli connaître un ultime coup de théâtre. Alors que Alain Juppé a jeté l’éponge, et François Baroin abandonné l’idée de remplacer François Fillon, Patrick Stéfanini, qui vient de démissionner de l’équipe de campagne du candidat de droite, se démène pour lui trouver un candidat de substitution. Et ses radars s’arrêtent sur… Jean-Louis Borloo. Et pour surprenant que cela puisse paraître ancien ministre de Nicolas Sarkozy se montre plutôt réceptif. «Je demande à Thierry Solère à rencontrer Jean-Louis Borloo. Aussitôt dit, aussitôt fait. Nous nous retrouvons le mardi en fin de journée dans l’appartement de l’organisateur de la primaire. L’œil vif, Jean-Louis Borloo, dont la mission en Afrique vient de s’achever sur un premier succès, est très concentré. Il veut bien envisager sa candidature, mais à condition d’être soutenu par des élus Républicains de poids. Nous dressons une liste : Bruno Le Maire, Christian Estrosi, Xavier Bertrand, Valérie Pécresse, Jean-Pierre Raffarin, Jean-François Copé, Jean-Claude Gaudin, Gérard Larcher, Bernard Accoyer, Eric Woerth, Dominique de Villepin, Gérald Darmanin, Hervé Gaymard et Jean-Luc Moudenc. (…) Nous nous répartissons les appels. Je joindrai Eric Woerth le soir même, puis le lendemain matin Valérie Pécresse, Xavier Bertrand et Jean-François Copé. Mais l’opération tourne court. Ces leaders ne croient plus à la victoire de François Fillon. Ils sont las. Et échaudés. En fin de matinée, Jean-Louis Borloo m’appelle pour me dire qu’il jette l’éponge. »

La « taupe » de Sens Commun

La manière dont Patrick Stéfanini apprend la mise en examen de François Fillon en dit long sur l’entrisme de Sens Commun dans les lieux de pouvoirs de la République. Le directeur de campagne du candidat de la droite n’apprend pas la nouvelle de la bouche des juges d’instruction chargés de l’enquête ou même de ses avocats… mais d’une « taupe » de  Sens Commun travaillant dans un ministère régalien. « Le 28 février en début d’après-midi, je reçois, à cinq minutes d’intervalle, deux appels téléphoniques. Le premier émane de Philippe Briand, le questeur du groupe Les Républicains à l’Assemblée nationale : « Patrick, j’ai une mauvaise nouvelle, François va être mis en examen. » Le second, de Christophe Billan, président de Sens Commun : « Patrick, un de nos adhérents, bien placé dans un ministère régalien, m’annonce que la procédure ouverte contre François Fillon va connaître une nouvelle avancée. » La quasi-simultanéité de ces deux appels et la qualité de leurs auteurs m’interdisent de rester les bras croisés. Un de mes proches auquel je rapporterai plus tard cette coïncidence me dira avec une pointe d’amusement : « Décidément, les loges et l’Église catholique restent les deux plus puissants réseaux de renseignement de notre pays… »

Galette des Rois, promenade en forêt… le « mystère » Fillon

Sans avoir la prétention de déchiffrer totalement le personnage, le livre de Patrick Stéfanini tente d’apporter un éclairage sur la personnalité de François Fillon. Mais même après avoir côtoyé l’ancien Premier ministre pendant quatre ans, certains de ses faits et gestes continuent d’étonner le directeur de campagne. « Son goût du secret d’abord. François Fillon est un solitaire. La veille du premier tour, il m’appelle et me dit s’être promené seul en forêt pour évacuer la pression. » Avec le Penelopegate, le candidat de la droite se montre imperturbable. Et refuse de bouleverser son agenda. C’est ainsi qu’au soir des premières révélations du « Canard Enchaîné », François Fillon se retrouve à partager une galette des Rois avec son équipe de campagne. « En fin de journée, nous avions en effet programmé de fêter l’Épiphanie avec toute l’équipe de campagne et les parlementaires. Thierry Solère, alors juste à côté de François Fillon lorsqu’il coupe la galette, a souvent raconté que la fève était… un chat noir ! Mais comme j’étais à quelques mètres de là je n’y ai prêté aucune attention. »

Le dîner des intrigants

Alors que la campagne de François Fillon bat de l’aile, une partie de la droite – Patrick Stéfanini inclus – espère encore convaincre Alain Juppé de prendre le relais. Mais jouent-ils tous franc jeu ? Une anecdote rapportée par l’ancien directeur de campagne de François Fillon permet d’en douter. Au soir du discours de François Fillon au Trocadéro, alors que les rumeurs vont encore bon train sur le remplacement du candidat de la droite, Patrick Stéfanini tente de joindre Gilles Boyer, persuadé qu’il y a encore un coup à jouer avec le maire de Bordeaux. Mais alors qu’il s’attend à retrouver le conseiller politique auprès de son mentor, en Gironde, l’ancien haut-fonctionnaire dérange ce dernier… en plein dîner avec Thierry Solère et une petite assemblée de politiques qui finiront tous par rejoindre l’administration Macron.
 



«Une bande dont je découvre alors l’existence, « la bande du Bellota », du nom d’un restaurant où se réunissaient les partisans de plusieurs candidats à la primaire : Gilles Boyer, Benoist Apparu et Édouard Philippe pour Alain Juppé ; Thierry Solère, Franck Riester et Sébastien Lecornu pour Bruno Le Maire ; et Gérald Darmanin pour Nicolas Sarkozy. Je suis effaré. En principe, tous ceux-là souhaitaient ardemment que Juppé soit candidat. Et ils sont en train de dîner tranquillement à Paris alors que lui est à Bordeaux ? Je bouscule sérieusement Boyer : « Qu’est-ce que vous foutez à Paris ? C’est le week-end où se joue l’avenir de la droite française et vous, vous laissez Alain Juppé déménager dans son coin à Bordeaux ! Je rêve ! »

AFP

Mercredi 29 Novembre 2017 - 16:28



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